Concernant l’Afghanistan, les plans des États-Unis consistent en un « engagement à long terme » et un renforcement des moyens militaires en hommes, en matériel et en moyens financiers. Ils signifient également l’élargissement de l’intervention par une « approche régionale plus affirmée » qui associe « tous les voisins de l’Afghanistan », notamment « les zones occidentales » du Pakistan. Autre volet de l’intervention, la validation de la stratégie de prévention, déjà utilisée dans les Balkans et en Afrique, qui attribue aux forces armées un rôle « humanitaire » et de « reconstruction », sème la confusion avec les missions des ONG humanitaires. Cette stratégie vise à étendre les interventions militaires et paramilitaires au Pakistan, ouvrant la boîte de Pandore vers une plus grande déstabilisation et un élargissement incontrôlé du conflit. Ces plans d’une « guerre Obama », ont reçu un plein soutien des pays membres de l’OTAN.
Bémol d’importance, la démonstration d’unité sur l’Afghanistan est fortement tempérée par le peu d’engagement des Européens à apporter un soutien militaire aux forces états-uniennes, Mais, pourront-ils résister à la pression : avant l’ouverture du sommet, le président Obama, lors de sa rencontre avec Nicolas Sarkozy, a bien précisé que la nouvelle stratégie « aura une composante militaire et l’Europe ne devrait pas s’attendre à ce que les États-Unis portent seuls ce fardeau. Parce que c’est un problème qui nous est commun. Et il nécessite un effort conjoint. » Venu en Europe en déclarant : « les États-Unis sont prêts à assurer leur leadership », il a clairement fait entendre qui était aux commandes.
Autre question à la table des négociations, le rétablissement du « dialogue et de la coopération » avec la Russie qui touche à trois objectifs clés de l’OTAN : « la stabilisation de l’Afghanistan », « la lutte contre le terrorisme » et « la non-prolifération des armes de destruction massive ». Sur ces questions la place de la Russie est stratégique, qu’il s’agisse des bases aériennes à disposition de l’OTAN vers l’Afghanistan, de sa participation à l’opération Active Endeavour en Méditerranée ou de sa proximité avec l’Iran. Deux sujets font obstacle au « dialogue et à la coopération » avec Moscou : l’installation d’un bouclier antimissile par les États-Unis sur le continent européen et l’intégration dans l’OTAN de l’Ukraine et de la Géorgie, pays ayant des frontières communes avec la Russie.
La nécessité pour l’Europe d’avoir des relations normalisées avec la Russie a fait reporter l’admission de l’Ukraine et de la Géorgie, mais le président Obama n’a pas manqué de préciser à l’adresse de Kiev et Tbilissi que « la porte reste ouverte aux autres pays qui répondent aux critères de l’OTAN ». Sur l’installation du bouclier antimissile, accepté par l’OTAN lors du sommet de Bucarest en 2008, Obama a déclaré à Prague, le lendemain du sommet de Strasbourg : « tant que la menace de l’Iran persistera, nous avons l’intention d’aller de l’avant ». En la matière comme en d’autres, le leadership états-unien prévaut ; pour Washington, comme pour Moscou, il s’agit d’un dialogue bilatéral dans lequel l’Europe ne dispose même pas d’un strapontin.
La nouvelle stratégie de l’OTAN, à laquelle fait appel Nicolas Sarkozy, qui doit succéder au concept stratégique dit du XXIe siècle adopté à Washington en 1999, a pour objectif que l’OTAN soit en mesure d’assurer des missions globales, de portée globale avec des partenaires globaux, où que ce soit dans le monde, pour assurer le règne de l’économie de marché et faire face à la crise du système capitaliste. Un « conseil des sages » a été nommé à cet effet ; il n’y a pas à douter de l’orientation de ses conclusions à venir qui confirmeront, d’une part, le leadership de Washington sur l’OTAN et, d’autre part, le caractère idéologique de l’appartenance à l’OTAN, directoire politico-militaire de la « famille occidentale » et de l’économie de marché.
Le choix du nouveau secrétaire général a été le principal suspense d’un Sommet où priorité était donnée à « l’unité de la famille ». Au terme des conciliabules et des compromis, à la succession de l’atlantiste Jaap de Hoop Scheffer succède l’atlantiste Anders Rasmunssen. Tant en Irak qu’en Afghanistan, l’engagement de Rasmunssen a été sans faille. Actif soutien de Georg Bush, comme premier ministre du Danemark, il fut l’un de plus chauds partisans de l’intervention en Irak, et en Afghanistan le contingent danois est le plus important en rapport avec la population du pays. L’opposition à sa nomination venait de la Turquie, Rasmunssen ayant défendu les caricatures publiées dans un journal danois ; le compromis passé pour permettre sa nomination est une promesse d’intégration de la Turquie dans l’Union européenne. Ce qu’a confirmé le président Obama quand, au lendemain du sommet de Strasbourg, il a demandé lors d’une réunion des membres de l’Union européenne l’intégration de la Turquie à l’Union. Ainsi l’affirmation que le rôle de la France serait renforcé en réintégrant le commandement unifié de l’OTAN se voit par deux fois démentie par la nomination de Rasmunssen, et la posture de Nicolas Sarkozy sur la Turquie l’oblige au divorce d’avec sa famille et avec Anders Rasmunssen qui est un secrétaire général opposé à tout pilier européen de la défense.
Pour résoudre les crises et contradictions dans le monde, le choix est entre la concertation, la solidarité ou la force et la violence armées. Les altermondialistes font le choix de la concertation et de la solidarité qui est celui de la raison contre une politique dangereuse pouvant entraîner l’Europe et le monde jusqu’à des aventures nucléaires. Il faut, pour sortir de cette logique infernale, faire entendre et comprendre l’importance de s’opposer à la stratégie d’une OTAN globalisée, libérer la France et l’Europe de la tutelle de l’OTAN, s’opposer à l’installation de bases de missiles antimissiles sur notre continent qui font de celui-ci une cible, dénoncer la politique sécuritaire, qui se conjugue avec la politique de défense, pour imposer aux peuples l’ordre mondial néolibéral dont les conséquences avec la crise globale sont aujourd’hui toujours plus évidentes et brutales.
Attac France,
Montreuil le 6 avril 2009

article publié le 6/04/2009

