La crise sociale touche l’ensemble des pays de l’Union européenne. Dans la seule Europe des Quinze, on recense toujours 60 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, 3 millions sans logement et 15 millions hébergées dans des conditions précaires. Dans le même temps, les inégalités s’accroissent, et nous voyons s’éloigner de plus en plus les 1 % les plus riches de l’immense majorité de la population.
La crise de légitimité du projet européen, apparue au grand jour avec l’échec des référendums français et néerlandais sur le traité constitutionnel, n’a pas été résolue, bien au contraire. Au lieu d’ouvrir un débat approfondi au sein de la population européenne, les chefs d’État ou de gouvernement ont préféré passer outre à la volonté populaire en adoptant le traité de Lisbonne, jumeau du projet de traité constitutionnel européen mort-né, et en optant pour une procédure de ratification au pas de charge qui écarte les citoyens européens.
Les désordres écologiques s’aggravent chaque jour un peu plus. Les prévisions des experts sont de plus en plus pessimistes sur le réchauffement climatique. La raréfaction des matières premières s’accélère, avec la volonté des pays riches de poursuivre le « business as usual » en confiant la régulation écologique au marché, tandis que les grands pays émergents suivent à leur tour la voie sans issue du développement productiviste.
La crise alimentaire et l’explosion des prix agricoles, engendrées par la politique de déréglementation généralisée imposée par les accords de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), entraînent des « émeutes de la faim » dans des dizaines de pays du Sud, tout en aggravant des situations déjà dramatiques pour les personnes les plus fragiles, au Nord comme au Sud.
Enfin, la crise du capitalisme financier, provoquée par celle des subprimes, est la plus grave depuis 1929. Loin d’être derrière nous, elle pourrait, comme l’annoncent de nombreux spécialistes, connaître de nouvelles rechutes avant la fin de l’année.
Ces drames sont tous des composantes de la crise de ce néolibéralisme imposé aux peuples de la planète depuis trente ans et qui apparaît aujourd’hui dans toute sa brutalité.
Parallèlement, sur le plan national, le président de la République et le gouvernement français aborderont cette présidence de l’Union fragilisés, après une défaite importante aux élections municipales et avec un chef de l’État au plus bas de sa popularité, un bilan politique désastreux, et une accumulation de mesures de régression sociale impopulaires déjà réalisées ou programmées pour les prochains mois.
Dans ce contexte difficile, l’Élysée a défini quatre priorités pour cette présidence :
la réforme de la politique agricole commune ;
l’immigration : pacte européen sur l’immigration et l’asile ;
le climat et l’énergie ;
la politique de défense commune.
Loin de traduire une « rupture », ces priorités résument les inclinations très conservatrices du président de la République et de son gouvernement. Dans la situation de crise globale d’un système, de chômage et de conditions de vie dramatiques pour une partie croissante de la population, l’obsession sécuritaire tient lieu de politique ; même la question énergétique est prise sous l’angle de la sécurité du continent en termes d’approvisionnement.

article publié le 24/06/2008


