Le conseil d’administration a considéré qu’il était nécessaire, dans la situation actuelle, d’ouvrir un large débat sur les orientations de l’association au cours de la préparation de l’assemblée générale de décembre 2005. Ce débat précédera donc celui sur les statuts qui aura lieu au cours du premier semestre 2006.
Ce texte ne vient pas de rien. Il intègre en effet l’expérience acquise depuis l’origine de l’association et s’appuie sur les valeurs et les revendications - l’égalité des droits, la démocratie, l’égalité entre les hommes et les femmes, la justice sociale, les libertés fondamentales, le refus de toutes les formes de discrimination et de racisme, un ordre économique et social international équilibré où la pauvreté serait éradiquée, un développement respectueux de l’environnement...- qui sont été la base de son activité d’association d’éducation populaire tournée vers l’action. Il s’inscrit ainsi dans le prolongement du débat sur la « nouvelle dynamique d’Attac ».
Ce texte ne traite pas des questions de fonctionnement. S’agissant des orientations, il recense celles qui, aujourd’hui, font l’accord au sein du Conseil d’administration. Mais il ne gomme pas, bien entendu, les différences d’appréciation, parfaitement naturelles, qui peuvent exister au sein de l’association sur les sujets les plus divers.
Pour que les adhérents et adhérentes puissent donner leur point de vue sur les divers thèmes traités par le texte et sur les mandats qu’ils souhaitent voir donnés au Conseil d’administration, le texte est organisé de manière à leur permettre de voter séparément chacune des parties, s’ils le souhaitent, ainsi que sur le texte dans son ensemble.
Les grandes orientations d’Attac
I.- Faire du développement social et environnemental, à l’échelle planétaire, l’axe prioritaire de notre stratégie
L’humanité est aujourd’hui touchée par une crise à la fois sociale et économique. La crise écologique va s’amplifier au cours de ce siècle, provoquée par les activités humaines avec, notamment, le réchauffement climatique. La crise sociale est marquée par l’aggravation d’inégalités insupportables, tant au sein des pays qu’au niveau mondial entre pays riches et pays pauvres. La dictature des marchés financiers, les politiques économiques et sociales au bénéfice quasi exclusif des grandes entreprises multinationales, y compris dans les négociations internationales, nourrissent ces crises et renforcent leurs effets négatifs sur les populations.
La maîtrise des ressources de la planète (l’eau, le pétrole, etc.) est l’objet d’une lutte implacable. Elles sont souvent gaspillées, ce qui conduit à leur épuisement dans un avenir proche, même s’il est difficile à préciser, et à une guerre de tous contre tous pour se partager les miettes. La démocratie est remise en cause un peu partout sur la planète (crise de la représentation, xénophobie d’État, contrôles policiers aux cibles multiples, négation du droit, etc.).
Les dégradations de l’environnement menacent à terme la survie même de l’humanité. L’explosion des inégalités sociales et de la pauvreté partout dans le monde montre que le type de développement actuel est incapable d’apporter le bien-être. Si les révolutions du 20ème siècle ont prétendu rompre avec la logique du capitalisme, elles ont échoué sur les plans de l’écologie et de la démocratie, sans réussir à trouver les réponses à la question sociale.
Si les rapports de force ont pu imposer, dans les pays développés, une répartition moins inégalitaire des richesses, qui culmine en Europe avec la période dite des « Trente glorieuses », les pays du Sud ont continué à être soumis au pillage de leurs ressources, même après la période coloniale, et aux conséquences d’un ordre économique international resté totalement injuste.
C’est la survie de la planète qui est en jeu. Il est urgent de rompre avec cette logique, un autre choix de civilisation s’impose. L’ambition d’Attac est d’y contribuer activement, par ses propositions, par l’information et l’éducation populaire, en agissant sous les formes les mieux adaptées.
Dans cet esprit, Attac a fait depuis sa naissance de la déligitimation du « consensus de Washington », bréviaire des politiques néolibérales, un axe de mobilisation fondamental. A travers les campagnes contre l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les institutions de Bretton Woods (Fonds monétaire international et Banque mondiale) et le système financier international, elle a dénoncé un modèle de développement qui fait du marché mondial, du libre-échange, des privatisations, de l’ajustement structurel et de la marchandisation généralisée des activités humaines l’alpha et l’oméga du développement.
L’incapacité du capitalisme et des politiques néolibérales à répondre aux besoins humains, le risque majeur pesant sur l’avenir écologique de la planète nous obligent à repenser totalement la manière dont le progrès et le développement humain peuvent être envisagés. Le bien-être ne se résume pas à l’accumulation de marchandises qu’une croissance économique, par ailleurs dévastatrice, apporte. Pour autant, les immenses besoins en alimentation, eau, soins, éducation, logements, etc. sur la planète ne peuvent être satisfaits sans promouvoir une production suffisante pour y répondre dans tous les pays. Cela met les populations vivant dans les pays les plus riches devant la responsabilité de réorienter radicalement leurs systèmes productifs et leur mode de consommation de façon à permettre de véritables économies et à enclencher une répartition plus juste des ressources. Qualité de la production, qualité du travail, répartition des richesses, sécurité et souveraineté alimentaires, doivent devenir les piliers d’une synthèse inédite entre les préoccupations sociales et écologiques. La réduction drastique des inégalités au Nord comme au Sud, comme entre le Nord et le Sud, la promotion des services publics et la préservation des biens communs de l’humanité (eau, air, ressources, connaissances, etc.) en tant que propriété collective, la justice fiscale, en sont des conditions sine qua non. Privilégier la maîtrise publique d’un bien ou d’un service qui relève de l’intérêt général ou, au contraire, les privatiser, traduit en fait des choix de société opposés.
Attac agit pour une nouvelle architecture financière internationale, la promotion du droit et de la démocratie mondiale, une protection sociale de qualité et l’accès aux biens communs pour tous, à l’échelle de la planète, de même que pour l’emploi pour tous, l’éradication de la pauvreté et de la précarité, la garantie d’un revenu décent en cas de perte d’emploi.
En France, la forte emprise libérale, depuis maintenant plus de vingt ans, sur les politiques gouvernementales a provoqué une vague de mobilisations. Celles-ci ont pris des formes multiples : des mobilisations sociales très largement unitaires comme en 1995, en 2003 ou dans la période actuelle, aux mouvements plus innovants à la fois par les préoccupations exprimées et les modalités de la lutte, comme les diverses actions des « sans » ou celles visant à combattre le racisme et les discriminations dont il est la cause directe. Même si ces actions ont été d’abord des actes de résistance, souvent défensives, et si elles n’ont pas toujours empêché les dégradations et les reculs, elles ont contribué à maintenir un rapport de force qui a limité les ambitions néolibérales, y compris dans des domaines comme les retraites, à un moment où les forces politiques ont, en règle générale, renoncé ou tout au moins montré leur incapacité à définir des solutions crédibles.
Attac a pris sa place dans ces mobilisations, en adaptant sa participation à chaque situation selon trois formes complémentaires : en prenant ses propres initiatives, sur tous les sujets relevant de son objet même ; en contribuant à rassembler des forces diverses ; en participant aux luttes d’ensemble. Elle a utilisé toutes ces occasions pour diffuser largement ses analyses et ses propositions et joué ainsi, sur ce terrain aussi, son rôle d’éducation populaire.
Attac doit continuer à jouer ce rôle, le conforter, développer ces diverses formes de participation aux luttes sociales, en y exerçant si nécessaire une fonction de synthèse et de rassemblement. La présence d’Attac dans des collectifs unitaires ne prend tout son sens que si l’association a une identité propre et claire - ce qui est le cas de beaucoup d’autres membres des collectifs - que si elle est porteuse de propositions qu’elle a préalablement élaborées, et que si ces collectifs sont véritablement pluralistes, ce qui est une garantie pour qu’ils ne soient pas instrumentalisés par telle ou telle organisation. L’appartenance à un collectif unitaire n’est donc pas une fin en soi, mais un moyen qui se décide au cas par cas.
Fondée sur les mobilisations, le soutien aux luttes et aux résistances, la démarche d’Attac doit aussi s’appuyer sur les pratiques populaires innovantes, sur les initiatives de l’économie sociale et solidaire, sur l’expérimentation sociale et démocratique, sur des formes d’action originales, à condition qu’elles soient non violentes et reconnues comme légitimes. C’est dans ce cadre qu’Attac définira au cas par cas sa position à l’égard des actions de désobéissance civile, comme celle des faucheurs volontaires.
Enfin, la critique sans concession du système médiatique, à la fois comme acteur économique de la mondialisation libérale et comme vecteur de son idéologie, doit devenir, beaucoup plus qu’elle ne l’a été jusqu’ici, une des priorités stratégiques d’Attac. Cette critique n’est pas une critique des journalistes « de base » qui, comme beaucoup l’ont courageusement montré par une pétition lors de la campagne du référendum sur l’Europe et par les prises de position de leurs organisations syndicales, sont les premiers à faire les frais de la mise aux normes libérales de la profession, tant dans leur production rédactionnelle que dans leurs conditions de travail. Attac développera son activité dans ce domaine et s’efforcera de faire des propositions sur le droit d’informer et d’être informé, sur les moyens de garantir le pluralisme des médias et de l’information.
Attac continuera de mettre aussi au rang de ses priorités une utilisation systématique des moyens qu’offrent aujourd’hui les nouvelles techniques de l’information et de la communication dans ses actions d’éducation populaire : innover dans les formes de militantisme, mieux mutualiser les expériences, les pratiques et les ressources de l’association. Enfin, Attac ouvrira une réflexion sur les possibilités de se doter d’outils médiatiques propres, en suscitant éventuellement des partenariats dans le mouvement social à cet effet.
Vote n°1 : La réflexion sur un nouvel ordre démocratique, économique et financier international, les possibilités d’assurer la continuité du revenu et de l’emploi pour tous, de supprimer le chômage et la précarité, de vaincre la pauvreté, de permettre à chacun l’accès aux biens communs universels et une protection sociale de qualité, à l’échelle planétaire, sont des objectifs stratégiques prioritaires pour Attac.
L’impact social et économique de la prise en compte des enjeux écologiques doit être pleinement intégré dans cette réflexion.
L’Assemblée générale mandate le Conseil d’administration pour prendre les dispositions pour que soient élaborées, avant la fin de l’année 2006, des propositions ambitieuses et convaincantes dans tous ces domaines.
Sans attendre le Conseil d’administration mettra en place les moyens d’une intervention et de réactions immédiates, en mobilisant notamment les commissions concernées et les membres du Conseil scientifique.
II. Pour la refondation démocratique de l’Europe
Lors de la campagne référendaire, nos concitoyens et concitoyennes se sont emparés de la question européenne, aujourd’hui perçue à juste titre comme une question nationale. Ils ont fait le lien entre les orientations gouvernementales et une construction européenne organisée autour d’un axe, le marché, et des dogmes du libre-échange et de la concurrence. Pour changer les politiques nationales, il faut changer la construction européenne, l’inverse étant tout aussi vrai.
Attac conteste radicalement aussi le rôle que joue aujourd’hui l’Union européenne dans les négociations, et plus particulièrement les négociations commerciales internationales. Au-delà des pétitions de principe, l’Union européenne participe activement au renforcement de la dictature des marchés au bénéfice des pays les plus développés et des entreprises transnationales.
Cette campagne a renforcé le statut d’Attac comme élément majeur d’impulsion du débat public en France et, par ses propositions, comme une structure fédératrice du combat contre le néolibéralisme. Par la bonne articulation entre l’ensemble de ses composantes et la mobilisation du plus grand nombre de ses adhérents et adhérentes, Attac a fait la démonstration de son caractère pleinement opérationnel.
La construction d’alternatives à l’échelle de l’Europe passe par un travail propre d’Attac, un débat avec les autres organisations du mouvement social, et la recherche de solutions communes qui tiennent compte de la diversité des expériences de luttes et des systèmes institutionnels nationaux.
L’activité d’Attac s’appuie aussi sur le renforcement du réseau Attac-Europe et de sa coordination, à la fois pour l’élaboration des alternatives et pour les initiatives propres. Ce renforcement doit se combiner avec le travail en commun, notamment dans le cadre du Forum social européen, avec les autres forces du mouvement social et citoyen européen pour construire des propositions communes et les rapports de forces nécessaires pour les faire aboutir. Dans ce cadre, l’articulation avec le mouvement syndical européen doit être une préoccupation constante.
Attac s’est prononcée pour une refondation démocratique de l’Union européenne. Si cette formule a l’avantage de faire l’accord au sein de l’association, elle n’indique pas les moyens d’y parvenir. La poursuite du débat interne est donc nécessaire pour préciser ce point : nouveau traité, traités thématiques, éventuellement à géométrie variable, processus constituant, coopérations renforcées, etc. ?
Vote n°2 : L’assemblée générale donne mandat au Conseil d’administration pour définir, avant le Forum social d’Athènes en avril 2006, le cadre du débat qui permettra d’élaborer les propositions de l’association dans ce domaine.
Ces propositions intégreront celles qui ont été élaborées précédemment, notamment les vingt-et-une exigences d’Attac et le plan « ABC » dont beaucoup de comités locaux se sont déjà emparés.
III.- Faire des échéances électorales françaises de 2007 et 2008 un grand moment de débat public sur les ruptures nécessaires avec les politiques néolibérales. Le rapport d’Attac au politique
Attac définit un rapport nouveau au politique. Elle élabore sa réflexion et sa stratégie en toute indépendance par rapport aux partis. Notre association fait de la politique, mais au sens originel de ce mot, c’est-à-dire qu’elle s’occupe des affaires de la cité. Attac ne situe donc pas son action dans le cadre des clivages partidaires. Elle s’adresse à toute la société en partant de ses propres valeurs qui s’inscrivent dans la continuité historique, l’assimilation critique et le dépassement des mouvements d’émancipation du passé. Internationaliste, Attac prend, au plan national comme à l’échelle du monde, le parti du travail contre celui du capital et se situe du côté des opprimés. Notre association assume donc les valeurs républicaines de solidarité, d’égalité, de laïcité et de justice historiquement portées par les courants progressistes depuis la Révolution française, avec les apports de l’écologie et du féminisme.
Une des tâches d’Attac, c’est de proposer des outils - réflexions, analyses, propositions, etc. - à celles et ceux qui en besoin alors qu’ils en sont parfois privés. La conviction sous-jacente est que ce travail devrait trouver naturellement sa traduction dans le champ politique, mais dans la durée. Il vise à aiguiser le sens critique et à libérer les esprits de l’hégémonie libérale. Attac se réjouit à chaque fois que ses idées sont reprises par d’autres, et notamment les forces politiques. En revanche, Attac n’acceptera pas d’être identifiée à un quelconque parti ou courant politique et seulement à lui. C’est l’indépendance de l’association qui lui confère sa force et crédibilité.
Attac ne doit pas s’engager dans les débats en cours sur d’éventuelles recompositions en vue des prochaines élections de 2007 et 2008 en France. Pour autant, comme elle l’a toujours fait, elle doit s’emparer de toutes les échéances, y compris électorales, qui permettent, à travers l’information et la mobilisation citoyenne, de confronter, d’enrichir et de faire progresser ses idées en popularisant ses propositions pour des ruptures avec les politiques néolibérales. Dans ce cadre, la double échéance présidentielle et législative doit être l’occasion d’affirmer nos exigences et de les porter devant la société.
L’élaboration d’alternatives est donc une question clef pour notre association. Elles doivent concerner le court, le moyen et le long terme, de même que les divers niveaux (local, national, européen et mondial), pour des réformes de fond, en prise avec les aspirations de la population et des mouvements sociaux. Attac construit ses propres propositions et les met en discussion avec les citoyens et citoyennes dans le cadre de l’éducation populaire. Elle les confronte aussi avec les autres forces du mouvement social et citoyen, l’objectif étant de parvenir à des propositions communes en rupture avec l’hégémonie libérale.
Vote n°3 : L’assemblée générale donne mandat au Conseil d’administration de constituer un groupe de travail chargé de préparer d’ici la fin 2006 un ouvrage sur les propositions alternatives qu’Attac propose en France. Ces propositions serviront de base à un large débat au sein de l’association en vue de leur validation par les adhérents et adhérentes. Le Conseil d’administration arrêtera les formes concrètes de ce débat suffisamment tôt pour permettre aux comités locaux de s’y impliquer .
IV. Renforcer Attac
Renforcer Attac est un objectif essentiel. Il faut maintenant porter plus loin nos acquis. Plus encore, c’est à un changement radical d’ambition que l’ensemble des adhérents et adhérentes sont invités.
La mondialisation a profondément transformé le contexte économique et social. La recomposition du mouvement social en a été une des conséquences. De nouveaux acteurs sont apparus, en partie parce que les anciens ont parfois peiné à adapter leurs analyses et leurs stratégies. C’est dans ce contexte qu’Attac-France s’est imposé en quelques années d’existence comme un des principaux éléments moteurs du débat public.
Attac est une association d’éducation populaire. Elle est aussi, inséparablement, une association tournée vers l’action. Au-delà de sa fonction de production d’analyses et d’idées alternatives au libéralisme et au type de mondialisation qu’il génère aujourd’hui, mais en relation étroite avec elle, Attac a donc une place originale à occuper dans le mouvement social. C’est ce projet qu’il nous faut continuer à mettre en œuvre dans sa globalité.
Attac veut déconstruire l’idéologie néolibérale et agir avec toutes les forces défendant les mêmes valeurs pour imposer des politiques réellement nouvelles. Elle veille à inclure la dimension féministe dans ses réflexions, ses propositions et ses orientations, cette dimension étant transversale à toutes les autres. Les très nombreuses conférences-débats et réunions de travail sur les sujets les plus divers organisées par les comités locaux, les nombreux livres, le site Internet et les publications électroniques ont joué un rôle essentiel. L’exemple récent des analyses et des publications sur l’Europe et de l’impact très important qu’elles ont eu, y compris très certainement dans les débats sur le référendum extérieurs à Attac et sur le résultat du 29 mai, est particulièrement éclairant à cet égard.
La croissance initiale rapide du nombre d’adhérents et adhérentes est le signe que notre association attire de nombreux citoyens et citoyennes, souvent déçus par les organisations traditionnelles. L’impact d’Attac dépasse pourtant largement le nombre de ses adhérents et adhérentes. Il s’appuie sur la capacité que l’association a montrée depuis sa naissance à proposer des analyses renouvelées de la mondialisation et de ses effets dans chaque pays, ainsi que des modes d’engagement innovants. Ces analyses sont aujourd’hui très largement partagées.
La force d’Attac vient également des synergies, en termes d’action et de points de vue, existant entre les comités locaux qui agissent au plus près du terrain à travers une démarche autonome et innovante, les membres fondateurs qui permettent à ses idées de se démultiplier dans la société, le Conseil scientifique et le Conseil d’administration et leurs différents groupes de travail et commissions, dont l’apport s’appuie sur leur capacité d’analyse et d’élaboration. C’est ce profil original qui permet très souvent à Attac de jouer un rôle de rassembleur. La création d’autres associations Attac en Europe et dans le monde montre que notre expérience peut être partagée par d’autres.
Attac est devenue autonome en inventant d’autres pratiques politiques, démocratiques et citoyennes, susceptibles de redéfinir l’espace public et de conduire à l’engagement de nouveaux citoyens et citoyennes. Le dépassement des formes traditionnelles de mobilisation politique, la volonté de favoriser la participation directe des intéressés, l’importance accordée à la consultation et à la discussion pour définir les objectifs et le mode d’emploi des luttes, privilégient les mobilisations à fort contenu symbolique. Attac a été dans la dernière période une force d’entraînement qui a su échapper au piège des stratégies avant-gardistes : élaborer en avançant, pour construire ensemble, par le débat, le discours et les mobilisations au fur et à mesure de notre implication.
Si l’association s’est rapidement développée, le nombre des adhérents et adhérentes semble aujourd’hui stagner. L’élargissement continu des thèmes sur lesquels elle intervient, qui a été une des sources de son rayonnement, porte en lui des risques de dispersion.
Pour dépasser ces difficultés, nous devons aujourd’hui continuer dans ce qui fait notre force et notre originalité, tout en affichant des ambitions nouvelles.
Et cela d’abord en mettant l’accent sur la nécessité d’élargir les effectifs d’Attac aux classes populaires. Ce sont les salarié-e-s, c’est-à-dire les ouvrier-e-s, les employé-e-s, actifs, précaires ou sans emploi, sans revenus, sans logement, sans droits, etc. Ces couches sont très largement absentes d’Attac, alors qu’elles sont les premières victimes des politiques néolibérales.
Ce sont aussi les catégories sociales non salariées menacées elles aussi par les transformations du capitalisme (petits paysans, artisans, petits commerçants). Elles doivent faire l’objet d’une campagne spécifique car leur positionnement dans les luttes sociales n’est pas toujours a priori favorable à celles du salariat. Nous devons aider à les convaincre que la défense des services publics, notamment dans les zones rurales, de la protection sociale et de l’emploi, est vitale pour elles comme pour le reste de la population, y compris les petites entreprises victimes de la sous-traitance des grands groupes.
Le rôle de l’association à travers les rencontres et les mobilisations doit être de contribuer à la politisation ou à la repolitisation de ceux qui se sont éloignés, qui sont devenus indifférents, voire méfiants, à l’égard des organisations et de la politique en général ou qui ne se sont pas encore engagés comme beaucoup de jeunes. Il s’agit de réhabiliter et de valoriser le sens du collectif contre les formes d’individualisme que promeut le néolibéralisme, en conférant à Attac une identité forte, à partir d’un projet propre, qui favorise le sentiment d’appartenance : quand des citoyens et citoyennes s’engagent, ils le font pour défendre une cause, mais aussi pour participer à un collectif militant de femmes et d’hommes libres dans lequel ils peuvent se reconnaître.
Dans la définition de ses politiques et le développement d’une organisation démocratique à vocation de masse, cette démarche implique une totale indépendance de l’association dans l’élaboration de ses positions, la définition de ses actions et le choix de son organisation et de son fonctionnement. Attac pèsera d’autant plus dans le débat citoyen et élargira son assise qu’elle continuera à mettre en œuvre son projet et d’être un lieu ouvert sur la vie où des individus et des organisations issus d’histoires et de pratiques militantes diverses viennent confronter leurs expériences, participer à une élaboration commune d’analyses et de propositions et s’efforcer de faire converger leurs résistances au néolibéralisme.
Le renforcement d’Attac est indispensable si nous voulons peser davantage dans les débats publics et dans la construction de rapports de force, ainsi que pour assurer notre indépendance financière. Inviter de nouveaux adhérents et adhérentes à nous rejoindre doit être une préoccupation permanente. Elle est d’autant plus urgente que, malgré une campagne référendaire remarquable, soulignée tant par nos adversaires que par les organisations avec qui nous avons travaillé, l’association n’a jamais réalisé aussi peu de nouvelles adhésions .
Vote n°4 : L’Assemblée générale donne mandat au Conseil d’administration et aux comités locaux pour prendre les mesures nécessaires pour réorienter radicalement l’activité de l’association dans cette perspective.
Elle mandate le Conseil d’administration pour :
Lancer une grande campagne d’adhésions à Attac.
Organiser des rencontres individuelles avec tous les membres fondateurs de l’association afin d’étudier avec eux la manière dont ils peuvent servir de relais aux idées et aux initiatives prises par l’association.
Organiser un séminaire ouvert aux membres fondateurs avec les jeunes, membres d’Attac, étudiants ou non, en associant Attac-campus et les comités locaux, pour envisager les moyens de faire décoller notre travail dans la jeunesse.
Organiser un/des séminaire(s) thématique(s) de travail des membres fondateurs ouvert aux comités locaux.
D’élaborer un annuaire de présentation des membres fondateurs, pour une meilleure connaissance réciproque.
V. Renforcer le mouvement altermondialiste
La force du mouvement altermondialiste qui a émergé il y a une dizaine d’années est venue de la symétrie qu’il a instituée d’emblée avec le néolibéralisme. Celui-ci tissait en effet un système mondial, alors que les forces qui s’opposaient à lui étaient restées éparses, ancrées dans les espaces nationaux qui étaient jusqu’alors les terrains principaux des affrontements et, de ce fait, incapables d’atteindre le même rayonnement planétaire. L’originalité de l’altermondialisme a été d’ouvrir un espace pluraliste d’appréhension du système néolibéral dans sa globalité, du mondial au national jusqu’au local, notamment grâce aux forums sociaux.
Après l’ivresse des années 1990 et la soi-disant nouvelle économie, l’aggravation de l’instabilité financière, de la crise écologique, la guerre « sans limites » menée par les États-Unis et leurs alliés, ont ouvert une nouvelle période. Le bilan de l’action dans ce contexte est pour l’instant contrasté.
En France et dans d’autres pays, un débat public s’est engagé au cours des dernières années sur la nature de la richesse, sur sa répartition et sa redistribution, notamment à l’occasion de la contre-réforme des retraites, sur les taxations internationales, sur les règles du commerce international, de nombreuses collectivités territorialessedéclaranthors-AGCS,surles OGM, etc. Le refus d’une Europe libérale s’est exprimé très largement avec le non au projet de Traité constitutionnel.
Cependant beaucoup reste à faire pour renverser durablement le rapport des forces. Le mouvement altermondialiste a été affaibli aux États-Unis, son développement en Europe connaît un palier. En revanche, des signes encourageants montrent que des rapports de force nouveaux apparaissent dans d’autres parties du monde, notamment en Amérique latine.
Dans le même temps, les politiques néolibérales s’aggravent et le mouvement social n’a pas été capable d’imposer d’autres solutions. Il y a urgence pourtant car le modèle actuel de développement, outre son incapacité à promouvoir la justice et la solidarité, augmente les risques de dérive militaire et sécuritaire. Il met en très grand danger la paix civile dans les pays et la paix dans le monde. Il menace l’équilibre écologique de la planète.
Beaucoup d’Attac ont joué un rôle déterminant dans l’émergence du mouvement altermondialiste. Elles doivent continuer à y jouer leur rôle d’éducation populaire tournée vers l’action, développer leur capacité à mettre en réseau les acteurs du mouvement associatif et social. Attac doit servir de force de proposition et de mobilisation au cœur du mouvement altermondialiste : en France à travers les Forums sociaux locaux et la proposition d’un Forum social français ; en Europe à travers le Forum social européen ; dans le monde à travers le Forum social mondial.
Les Forums sociaux demeurent de véritables outils citoyens où Attac doit garder toute sa place d’inducteur, de catalyseur. Il convient donc de prendre en compte les aspects très positifs des forums, mais également leurs limites. Chacun sent bien qu’ils ont parfois, selon leur localisation, atteint un palier et que, à ne pas se renouveler, ils risqueraient de s’essouffler, voire de péricliter.
C’est particulièrement le cas des Forums sociaux européens où donner la place qui convient aux thèmes sociaux et aux thèmes européens n’est pas toujours chose aisée. Attac, avec les autres composantes du mouvement social françaises et européennes, doit, dans la préparation et l’organisation de ces forums, agir pour leur fonctionnement démocratique et concentrer le plus gros de ses efforts sur le travail en commun avec les réseaux - en premier lieu les Attac d’Europe - et les collectifs engagés dans les mêmes campagnes.
Le développement du mouvement altermondialiste passe aussi par des initiatives unitaires et pluralistes sur des thèmes qui correspondent aux besoins des citoyens et citoyennes (santé, sécurité sociale, services publics, logement, emploi, précarité et pauvreté, etc.). Ces initiatives doivent regrouper toutes les organisations du mouvement social - associations, syndicats, mutuelles, etc. - et viser à produire des propositions de rupture avec le néolibéralisme émanant du mouvement social lui-même dans le secteur considéré.
Une vigilance particulière s’impose à l’égard du « retour du religieux », favorisé par la misère sociale et la désertion du politique. Le défi d’Attac, association laïque, est de donner un contenu politique à la révolte légitime de tous ceux qui sont victimes du racisme et des discriminations, et de constituer un lieu pour l’exprimer. Pour autant, Attac ne saurait cautionner de près ou de loin la canalisation de ces révoltes, par des mouvements et organisations politiques et religieuses, vers des replis communautaristes ou vers une recrudescence de l’obscurantisme, notamment vis-à-vis des femmes. Attac encourage le débat de citoyen à citoyen (croyant ou non) sur la base de la raison, et pas de citoyen à individu considérant que sa foi surplombe et ordonne l’organisation de la cité. Dès lors que ces conditions sont remplies, Attac peut établir des relations avec les mouvements se réclamant d’une religion et qui s’engagent dans les différents combats de l’altermondialisme.
Vote n°5 : L’Assemblée générale donne mandat au Conseil d’administration de prendre les dispositions pour que le renforcement d’Attac permette de renforcer le mouvement altermondialiste en agissant pour que les forums sociaux mondiaux et des grandes régions, notamment le Forum social européen, soient des lieux, fonctionnant démocratiquement, d’élaboration des alternatives aux politiques néolibérales et l’élargissement de la mobilisation citoyenne.
Elle donne mandat au Conseil d’administration pour continuer à prendre des initiatives en vue de l’organisation d’un Forum social national.
VI. Des réflexions et des débats à approfondir
La diversité même de l’association fait que les sujets en discussion restent nombreux. Cette diversité constitue d’ailleurs une des grandes richesses d’Attac.
Pour certains de ces sujets, la poursuite du débat parmi les adhérents et adhérentes et au sein des instances pourra conduire, dans un avenir plus ou moins proche, à un rapprochement des points de vue, voire à une position commune. C’est un tel processus qui a permis à Attac de rassembler très largement en son sein et au-delà sur la plupart des questions posées au mouvement altermondialiste par la construction européenne.
Pour d’autres questions, il est probable qu’il restera toujours des différences dans les points de vue, sans que cela ne nuise en aucune façon à l’unité de l’association, à sa capacité d’élaborer des propositions qui rassemblent et de participer aux actions pour les faire aboutir. Les chapitres précédents de ce texte mettent, à quelques exceptions près, l’accent sur ce qui, d’ores et déjà, est un acquis commun au sein d’Attac. Ils n’abordent donc pas la plupart de ces questions en débat. On peut énumérer dans cette catégorie les questions de l’énergie, celles de la croissance et de la décroissance, celle du développement, l’avenir démocratique de l’Europe, la laïcité (au-delà de l’affirmation de sa valeur universelle), la signification des replis communautaristes dans le monde actuel, etc.
Les discussions antérieures, et notamment celles relatives à la « nouvelle dynamique d’Attac », ont montré que l’analyse des causes de la mondialisation, mais aussi de ses effets, ne pouvait pas être considérée comme achevée. Des approfondissements semblent nécessaires, compte tenu des interrogations et des différences d’appréciation existant sur certains points : les analyses d’Attac ne sont-elles pas trop marquées par les explications économiques ou technologiques, parfois au détriment de ce qui relève de la logique propre du capitalisme ? Insistent-elles suffisamment sur les aspects environnementaux ? Sur la dimension culturelle des transformations en cours ? Ou sociétale, plus particulièrement les questions de la sécurité et de l’insécurité que l’idéologie néolibérale cherche à évacuer du terrain social ?
D’autres interrogations portent sur le fait que nos propositions sont parfois perçues comme trop partielles et dispersées, voire insuffisamment précises pour être opérationnelles dans les situations réelles : quelles propositions concrètes pour les divers services publics, au-delà de la nécessité absolue de les défendre ? Pour les modes d’appropriation et d’une éventuelle réappropriation sociales ? Sur la place de l’État et la question de l’État social ?
Enfin, Attac accorde-t-elle suffisamment d’importance à la bataille des idées ? Ce qui pose la question des médias, abordée précédemment dans ce texte. Mais cela va beaucoup plus loin, l’ordre établi s’appuyant aujourd’hui sur de véritables appareils idéologiques et culturels à son service exclusif.
Cette liste ne prétend bien entendu pas être exhaustive. Elle donne cependant une idée de la complexité du questionnement pour les années qui viennent. Et cela sans préjudice de possibles interpellations nouvelles, sur des sujets non recensés ici, qui obligeront à élargir le champ des réflexions au sein de l’association.
Vote n°6 : L’Assemblée générale donne mandat au Conseil d’administration pour créer les cadres permettant de poursuivre ces différents débats, en sollicitant le Conseil scientifique, les commissions et groupes de travail qui existent, les comités locaux, et en s’efforçant d’intégrer en permanence tous ces apports.
Vote n°7 : totalité du texte.


