Endettement de l’Afrique subsaharienne au début du XXIe siècle
Les bulletins de santé publiés par les institutions financières internationales (FMI, Bm), par l’OCDE et par les médias affirment depuis 1996 que l’Afrique subsaharienne a pris un nouveau départ grâce aux politiques d’ajustement qui y sont appliquées.
Cependant, de l’analyse d’une série d’indicateurs sociaux et économiques ressort un diagnostic opposé : la dégradation des conditions d’existence des populations est évidente et les indicateurs économiques sont dans le rouge.
Selon l’édition 1997 du Rapport sur le Développement Humain réalisé par le PNUD, près de 40% des 590 millions d’habitants de l’Afrique subsaharienne, soit 220 millions, sont en dessous du seuil de pauvreté absolue : ils survivent avec moins de un dollar par jour. Selon la même source, la situation s’est bel et bien dégradée les dernières années : « L’Afrique subsaharienne présente le plus fort pourcentage et la croissance la plus rapide de la pauvreté humaine. (...) De fait, la pauvreté étend résolument son emprise sur l’Afrique subsaharienne (...) : on estime que la pauvreté monétaire touchera la moitié des habitants de l’Afrique subsaharienne à l’horizon 2000 » (PNUD, 1997, p. 2).
En 2000, l’Afrique subsaharienne comptait environ 24 millions de personnes atteintes du SIDA, soit les deux tiers des victimes de cette maladie dans le monde. Selon le Rapport du PNUD sur la pauvreté 2000 : « Quarante millions d’enfants de cette région perdront leurs parents du fait du SIDA dans les 10 années à venir » (PNUD, Rapport pauvreté 2000, p. 102). D’ici 2010, on prévoit une perte de 17 années d’espérance de vie dans 9 pays d’Afrique (Afrique du Sud, Botswana, Kenya, Malawi, Mozambique, Namibie, Rwanda, Zambie, Zimbabwe). L’espérance de vie moyenne dans ces pays tomberait à 47 ans en 2010 soit un retour au niveau des années 1960 (op.cit.).
En Afrique, l’économie ne va pas mieux que le social.
La dette extérieure : une pierre au cou de l’Afrique
La dette extérieure a été multipliée par trois (3,4 précisément) entre 1980 et 2000 (passant de 60 à 206 milliards – source World Bank, GDF 2001) bien que le sous-continent ait déboursé en service de la dette 229 milliards de dollars (comprenant remboursement d’une partie du capital et des intérêts). L’Afrique subsaharienne a remboursé près de quatre fois sa dette de 1980 mais se trouve trois fois plus endettée. En 1998,1999 et 2000, l’Afrique subsaharienne a remboursé près de 16 milliards de plus que ce qu’elle n’a reçu en nouveaux prêts ces années-là (World Bank, GDF 2001).
Chaque année, l'Afrique subsaharienne paie en service de la dette quatre fois plus que l'addition des budgets de santé et d'éducation de toute la région.
Pertes dans les relations commerciales
Pour rembourser sa dette extérieure entièrement libellée en devises fortes, l’Afrique subsaharienne doit utiliser une partie considérable de ses revenus d’exportation. Aussi le rapport entre le montant de la dette et les recettes annuelles d’exportation constitue un indicateur pertinent de la gravité de la situation. La dette représentait, en 2000, environ 250% des revenus d’exportation du sous-continent (Afrique du Sud mise à part). Pour rembourser sa dette, la région devrait donc utiliser l’entièreté de ses exportations pendant 2,5 années.
Pays dont la dette représentait plus de 300% des revenus d’exportation en 1999 (World Bank, GDF 2001) :
Burkina
Faso : 379%
Burundi :
1 792%
Cameroun
: 418%
République
Centrafricaine : 592%
Tchad :
362%
Comores :
420%
Ethiopie :
588%
Guinée
: 428%
Guinée
Bissau : 1 604%
Madagascar :
455%
Malawi :
457%
Mali :
430%
Mauritanie :
681%
Mozambique :
1 115%
Niger :
539%
Rwanda :
1 216%
Sierra
Leone : 1 736%
Soudan :
1 832%
Tanzanie :
637%
Ouganda :
525%
Zambie :
622%
L’évolution de la balance commerciale de la région est fondamentale pour évaluer sa capacité de remboursement. Si les revenus d’exportations sont inférieurs à la facture des importations, on ne voit pas comment la dette pourrait être remboursée sans réduire encore plus les dépenses sociales et donc augmenter la pauvreté.
Or, l’Afrique subsaharienne a vu se dégrader depuis le début des années 1980 les termes dans lesquels ses produits d’exportation s’échangent sur le marché mondial contre les produits qu’elle importe des pays industrialisés. Grosso modo, depuis 1980, la valeur du panier des produits exportés par l’Afrique a perdu la moitié de sa valeur face aux produits importés du Nord. L’Afrique réagit en augmentant le volume de ses exportations sur le marché mondial. Mais cela ne résout pas le problème car les prix de celles-ci baissent plus vite que les prix des produits importés du Nord. En réalité, dans le système actuel du commerce mondial, les pays du Sud sont désavantagés (en particulier les pays d’Afrique subsaharienne car ils exportent beaucoup moins de produits manufacturés que l’Amérique latine ou l’Asie de l’Est et du Sud-Est) : toute augmentation du volume de leurs exportations tend à faire baisser la valeur de celles-ci car la demande stagne ou diminue au Nord.
Prenons l’évolution des cours mondiaux des produits de base entre 1996 et avril 2000.
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Cours
mondiaux des produits de base (1996-2000) |
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Produits |
1996 |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
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Totalité des produits Produits alimentaires et boissons tropicales Café Cacao Thé Sucre Riz Huiles végétales et oléagineuses Matières 1e agricoles Coton Tabac Minerais et métaux dont Cuivre |
-4,2% 2,1% -19,1% 1,2% … -9,9% 5% -4,2% -9,9% -14,8% 15,6% -12,1% -21,8% |
0% 2,8% 54,7% 11,2% 35,1% -4,9% -10,7% -0,9% -10,3% -8,9% 15,6% 0% -0,8% |
-13% -14,3% -28,5% 3,7% 4,3% -21,2% 1,3% 7,1% -10,8% -8,3% -5,5% -16% -27,3% |
-14,2% -18,3% -23,2% -32,1% -7,0% -30% -18,6% -23,3% -10,3% -22,9% -7% -1,8% -4,9% |
-1% -1% -24% -0,8% 9,1% 0,2% -6,1% 0% 1% 36,7% -3,4% -0,8% -4,9% |
Source : CNUCED 2000.
Prenons également l’évolution des termes de l’échange et des volumes exportés. Il apparaît très clairement que là aussi la situation de l’Afrique subsaharienne s’est dégradée. En 1996-1997, elle exportait, en quantité, 25% de plus qu’en 1980-1981 alors que la valeur relative de ces exportations avait baissé de 35%.
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Termes de l’échange et volume des exportations d’Afrique subsaharienne |
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Termes de l’échange |
1980-1981 |
1996-1997 |
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100 |
64,7 |
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Volume des exportations |
100 |
125 |
Source : CNUCED 2000
L’Afrique subsahariennne saigne
Les deux phénomènes décrits plus haut peuvent être synthétisés de la manière suivante : endettement croissant malgré le remboursement de montants importants ; échange inégal entraînant un déficit commercial croissant. Si l’on additionne les effets négatifs de cet ensemble, il n’est pas exagéré de dire que les bulletins de santé positifs qu’exhibent pour l’Afrique les médias et les institutions financières internationales sont purement mensongers.
La preuve : dans ses documents internes, le FMI est quelques fois amené à poser un diagnostic qui est très éloigné des proclamations optimistes de mise dans les communiqués officiels : « Le poids de la dette reste extrêmement élevé et l’accumulation d’arriérés de paiement augmente encore ce poids ; cela est démontré par le fait que la plupart des pays du continent ont atteint un stock de dette qui dépasse 400% des revenus annuels d’exportations (ou 4 années d’exportations).
Seuls quelques pays semblent avoir un espoir de réussir à payer le service de la dette d’une telle ampleur. Pour la plupart des autres, cependant, le service de la dette effectivement payé représente le double des nouveaux flux de la part des bailleurs de fonds et des donateurs. Il y a un risque que le poids excessif de la dette empêche l’arrivée des investissements directs et des autres flux privés » (IMF-FMI, 1995, p. 44).
Ajustement structurel : le fiasco
La Banque mondiale et le FMI prétendent que l’application des politiques d’ajustement structurel (rebaptisées depuis 1999 “ Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté ”) permet d’attirer les capitaux privés indispensables au décollage économique.
Afin d’attirer les capitaux privés, les gouvernements africains sont priés de réduire à sa plus simple expression l’impôt sur les bénéfices réalisés par les entreprises étrangères et de permettre la libre sortie (= rapatriement) des bénéfices vers la maison-mère (située dans 95% des cas dans les pays les plus industrialisés).
S’y ajoutent d’autres incitants : on prie les gouvernements d’offrir gratuitement les terrains et l’infrastructure de communication aux entreprises étrangères qui désireraient s’installer dans le pays. Si cela ne suffit pas, on leur recommande de créer des zones franches dans lesquelles aucun impôt n’est prélevé et où le code du travail et les contrats collectifs, en vigueur dans le pays, ne sont pas d’application.
Pour obtenir un flux d’investissements étrangers, les Etats africains renoncent donc à des recettes d’impôts, augmentent certaines dépenses d’infrastructure, offrent des parties du patrimoine national (terrains, etc.) et permettent le non respect de certains aspects de la réglementation du travail.
Après au moins dix années d’application de ces politiques, quel est le résultat ? Assiste-t-on à un afflux de capitaux privés étrangers (ce qu’on appelle les IED - Investissements Etrangers Directs) ?
Non, il n’y a pas d’afflux de ces capitaux privés. Cela est confirmé par la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) dans un rapport publié en juillet 2000 sous le titre “ Les flux de capitaux et la croissance en Afrique ”.
Ce que révèle le Rapport est édifiant : non seulement il n’y a pas d’afflux, mais il y a une baisse (CNUCED, 2000, p. 4). Dans la période 1975-82, les entrées de capitaux privés représentaient 3,9% du Produit National Brut des pays d’Afrique subsaharienne ; en 1983-1998, période de généralisation de l’ajustement, ils ne représentaient plus que 1,8% du PNB, soit une chute de plus de 50% par rapport à la période 1975-82 (période qui a précédé la crise de la dette et le début des politiques d’ajustement).
Le constat est sans appel : échec pour le FMI, la Banque mondiale et les gouvernements africains qui ont appliqué cette politique.
Non seulement les capitaux étrangers privés n’affluent pas mais les capitaux privés nationaux quittent les pays concernés en quantités de plus en plus grandes. La levée des contrôles sur les mouvements de capitaux ordonnée par le FMI et la Banque mondiale permet en effet aux capitalistes africains de placer, plus facilement qu’auparavant, “ leur ” argent à l’étranger. Cela s’appelle, dans le jargon, “ achat d’actifs étrangers par des résidents africains ”. La CNUCED ne dit pas autre chose dans le passage suivant : “ Au cours des dix dernières années, certains pays africains ont eux aussi libéralisé les sorties de fonds, ce qui facilite l’acquisition d’actifs à l’étranger ” (p. 12).
Seuls quelques pays n’ont pas libéralisé ou ont durci les contrôles tels le Soudan, le Zimbabwe ou la République démocratique du Congo.
L’extrait suivant indique que la CNUCED, certes de manière prudente, fait un constat négatif de portée générale : “ Les données concernant l’Afrique tendent donc à confirmer la conclusion qui avait été formulée à propos des marchés émergents à savoir que la libéralisation des mouvements de capitaux à court terme non seulement ne contribue que très peu aux apports nets de capitaux, mais est une source importante d’instabilité ” (p.19). Autrement dit, les politiques d’ajustement dans leur dimension “ libéralisation des mouvements de capitaux ” n’apportent aucun résultat positif durable pour les pays qui les appliquent.
Rubens Ricupero, secrétaire général de la CNUCED, dans l’introduction d’un précédent rapport intitulé “ Le développement de l’Afrique : une approche comparative ” (CNUCED, 1998, p. 129) faisait, de manière plus pointue, le même constat et interpellait les gouvernements des pays les plus industrialisés sur le secret bancaire, qui permet la dissimulation de capitaux quittant légalement les pays du Sud, alors qu'ils sont le produit du vol : “ La libéralisation des opérations en capital a peu de chances de faire revenir les capitaux fugitifs qui, selon certaines estimations, représentent 70% de la richesse privée non foncière dans les pays subsahariens. Ces capitaux semblent constitués surtout de deniers publics détournés illicitement, plutôt que de revenus industriels et commerciaux à la recherche de stabilité économique ou de rendements élevés à l’étranger. La modification de la réglementation bancaire des pays développés où ces capitaux sont dissimulés pourrait avoir des résultats positifs à cet égard ” (CNUCED, 1998, p. XVII).
Quelles conclusions tirer de cet extrait ? D'abord, l’ajustement structurel, loin de lutter contre la corruption, la facilite et l’augmente. Ensuite, les autorités des pays les plus industrialisés devraient modifier la législation bancaire, comme le demande l’Appel de Genève lancé par sept magistrats européens (cité par Jean de Maillard, Un monde sans loi, la criminalité financière en images, Stock, 1998, p. 136-137) notamment pour réprimer les détournements, le recel... ce qui implique la levée du secret bancaire.
Capitaux privés et développement
Selon les principes de l’ajustement structurel, les capitaux privés sont le moteur du développement. Est-ce vrai ?
La CNUCED défend l’avis contraire en expliquant que, pour l’Afrique, “ les apports privés, notamment l’investissement Etranger Direct (IED), ne mènent pas à la croissance mais la suivent ” (CNUCED, juillet 2000, p. 71). Comme la croissance ne vient pas d’elle-même, “ c’est aux capitaux publics qu’il revient de pallier le manque de ressources ” (id., p. 1) Selon la CNUCED, “ L’impulsion première ne peut venir que de sources publiques de financement et devra s’accompagner d’une politique tenant compte de la nécessité non seulement de faire jouer les mécanismes du marché, mais encore de consolider le rôle de l’Etat et de renforcer les institutions ” (id., p. 2).
Les capitaux publics proviennent des prêts ou des dons effectués par les gouvernements des pays les plus industrialisés, la Banque mondiale, le FMI, les banques régionales de développement et une série d’institutions onusiennes.
Dans la période 1990-1998, les apports de capitaux publics ont représenté 7,5% du PNB de l’Afrique subsahariennne, soit plus de quatre fois les apports de capitaux privés (qui ont représenté 1,8% du PNB) (id., tableau 1, p. 4).
Le problème, c’est que bien que nettement supérieurs aux apports de capitaux privés, les apports publics sont tout à fait insuffisants et en baisse rapide. Selon la CNUCED, à la fin de la décennie 1990, la valeur réelle des apports publics par habitant ne représentait même pas la moitié de celle du début des années 80 !
En conclusion, les politiques dictées par la Banque mondiale et le FMI se concrétisent par une diminution des apports publics extérieurs, une diminution des apports privés extérieurs et une augmentation de la fuite des capitaux africains vers les pays les plus industrialisés.
Agriculture
Un deuxième objectif annoncé est d’améliorer la situation des petits producteurs privés afin de les inciter à produire plus.
Pour améliorer la situation des paysans, le FMI et la Banque mondiale prônent la diminution radicale du rôle interventionniste des pouvoirs publics dans l’agriculture ce qui devrait libérer l’initiative privée et favoriser l’amélioration des conditions de vie des paysans. Les recherches effectuées par la CNUCED montrent qu’en réalité, l’ajustement loin de favoriser les agriculteurs en général et les petits paysans en particulier, les a affectés gravement.
“ Il semble en fait, d’après divers indices, que certains éléments des réformes aient aggravé les contraintes qui font obstacle à la croissance de la production des petits exploitants. (...) L’accès aux intrants et au crédit ne s’est pas amélioré car les subventions aux intrants et les services agricoles offerts par l’Etat (approvisionnement en intrants, distribution des productions, crédit et vulgarisation) ont été réduits, et le secteur privé n’a pris le relais qu’imparfaitement ” (CNUCED, 1998, p. 69). “ Les données examinées montrent qu’en dépit des réformes politiques des prix agricoles orientées vers le marché, les dix dernières années n’ont pas apporté d’amélioration sensible des prix relatifs et des termes de l’échange de l’agriculture ou de diminution du niveau de taxation auxquels sont soumis les agriculteurs ” (CNUCED, 1998, p. 59).
L'impossible croissance
Un troisième objectif annoncé est d’atteindre une croissance économique soutenue. En effet, le FMI et la Banque mondiale fondent systématiquement les cures d’ajustement qu’ils imposent aux pays de la Périphérie sur des prévisions optimistes de croissance. A de rares exceptions près, ces prévisions sont contredites par les faits. Rien d’étonnant à cela : comment les prix des produits agricoles exotiques et des matières premières évolueraient-ils à la hausse si tous les pays se mettent en concurrence pour augmenter leur volume d’exportations, alors que stagne (voire baisse) la demande de ces produits dans les économies les plus industrialisées ? Comment la croissance économique serait-elle toujours au rendez-vous dans des pays où sont imposés des taux d’intérêts élevés d’une part et, d’autre part, des revenus des petits producteurs à la baisse et des salaires déprimés ?
Si le marché intérieur est déprimé dans un pays donné à cause des politiques du FMI et de la Banque mondiale, pour atteindre une croissance économique très forte, il faudrait que celle-ci soit tirée par les exportations. Or, ceci n’est généralement pas possible à cause de la dépression des prix des matières premières que les pays exportent sur le marché mondial.
Venons-en aux faits. Nous écrivions que le FMI et la Banque mondiale font en règle générale des prévisions très optimistes pour demain afin de justifier leur politique de choc d’aujourd’hui Prenons l’exemple de la Tanzanie. En l’an 2000, le FMI a convaincu les autorités tanzaniennes d'appliquer une nouvelle longue période d’ajustement en se basant sur des projections manifestement irréalistes. Entre 2000 et 2018, les revenus d’exportations progresseraient de 9,9% par an ! Les dons extérieurs progresseraient de 2,1% par an et les Investissements Etrangers Directs augmenteraient de 8,3% par an (document du FMI cité par la CNUCED dans “ The Least Developped Countries 2000 Report ”, octobre 2000, p. 157). Il s’agit de projections sensationnelles au vu des résultats enregistrés par le passé. Elles seront malheureusement démenties dans le futur.
Entre-temps, on aura poursuivi une politique qui fait payer aux pauvres (plus de 70% de la population tanzanienne vit en dessous du seuil de pauvreté absolue) les frais d’un ajustement qui implique de livrer un peu plus le pays aux intérêts des multinationales.
Divers organismes internationaux (la CNUCED, le FMI ou la Banque mondiale) s’accordent sur la nécessité d’une croissance réelle de 6% par an sur une période de 15 ans pour permettre un décollage des pays d’Afrique subsaharienne. Chaque année, depuis 10 ans au moins, la Banque mondiale et le FMI annoncent que ces chiffres seront atteints l’année suivante. Voyons la réalité.
Dans les années 70, le taux de croissance moyen de la région avoisinait 3,5% ; dans les années 80, le taux de croissance moyen est tombé à 2,5%. Le fléchissement de la croissance s’est poursuivi entre 1989 et 1998, n’atteignant plus que 2,2% (d’après CNUCED, Les flux de capitaux et la croissance en Afrique, juillet 2000, p. 220).
Spécificités de la dette extérieure de l’Afrique subsaharienne au début des années 2000
A la différence de la plupart des pays d’Amérique latine et de l’Asie du Sud-Est, l’Afrique subsaharienne (mis à part l’Afrique du Sud) n’a plus accès aux marchés financiers. Les prêts bancaires sont très faibles, ils ne représentent que 2% du stock de la dette du sous-continent. Les émissions de titres publics de la dette pour lever des capitaux privés à l’extérieur ne rencontrent vraiment pas la faveur des marchés financiers étrangers. Ces titres représentent seulement 2% de la dette extérieure subsaharienne (90% de cette somme minuscule ont été émis par quatre pays à commencer par l’Afrique du Sud).
Dans les dernières années, les banques privées se sont fait rembourser leurs créances par les pays endettés à tel point qu’un grand nombre de pays africains ne leur doivent plus que très peu voire rien. Voici la liste des pays africains dont moins de 5% de la dette extérieure était due au secteur privé en 1999 (source : World Bank, GDF 2001).
Bénin : 0%
Burkina Faso : 0%
Burundi : 0%
Cap Vert: 4%
République Centrafricaine : 4%
Tchad : 2%
Comores : 0%
Djibouti : 0%
Ethiopie : 2%
Gabon : 4%
Gambie : 0%
Guinée : 1%
Guinée Bissau : 0%
Madagascar : 1%
Malawi : 1%
Mali : 0%
Mauritanie : 1%
Niger : 3%
Rwanda : 0%
Sénégal : 1%
Sierra Leone : 1%
Somalie : 2%
Swasiland : 0%
Tanzanie : 4%
Togo : 0%
Ouganda : 2%
Zambie : 2%
Les gouvernements du Nord, eux, détiennent près de la moitié de la dette des pays d’Afrique subsaharienne (si l’on retire l’Afrique du Sud qui n’est pas délaissée par les banques).
Quant aux institutions financières internationales (Bm, FMI, Banque Africaine de Développement), elles détiennent plus d’un tiers de la dette. Plus un pays africain est pauvre, plus grande est la part de sa dette détenue par les institutions financières internationales (IFI). Exemple : en 1999, 86% de la dette du Burundi étaient détenus par les IFI. Il en allait de même pour 87% de la dette rwandaise, pour 83% de la dette centrafricaine, 88% de la dette du Burkina Faso (WB, GDF 2001).
A quelques exceptions près, la dette de l’Afrique subsaharienne est donc détenue par les IFI et par les Etats du Nord (surtout les anciennes puissances coloniales). Une partie considérable de l’aide publique au développement octroyée par les pays du Nord est utilisée par les pays endettés pour rembourser les IFI. Mis à part l’Afrique du Sud (vu le poids spécifique élevé de son économie et la force de sa classe capitaliste) et le Soudan (qui est en rupture avec les IFI), les gouvernements du sous-continent sont littéralement sous la coupe du FMI, de la Bm et du Club de Paris (qui regroupe les Etats créanciers du Nord).


