Conférence de Presse "l'OMC veut privatiser le monde"
article publié le 25/02/2003
auteur-e(s) : Nikonoff Jacques

Intervention de Jacques Nikonoff, Président d’Attac, lors de la conférence de presse du 25 février 2003, organisée par Attac et la coordination des députés Attac à l’Assemblée nationale.


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CONFERENCE DE PRESSE ORGANISEE PAR ATTAC ET LA COORDINATION DES DEPUTES ATTAC

Le mardi 25 février 2003
Assemblée nationale - Paris

Vers Cancun septembre 2003 : L’organisation mondiale du commerce (OMC) veut privatiser le monde

Exposé introductif de Jacques Nikonoff, Président d’ATTAC

Mesdames et Messieurs,

Avant de donner la parole à Madame Susan George, vice-présidente d’ATTAC, qui nous fera part de la rencontre qui vient de se tenir ce matin avec Monsieur François Loos, Ministre délégué au commerce extérieur, et à Madame Geneviève Perrin Gaillard, députée des Deux-Sèvres, membre de la coordination des députés ATTAC, je voudrais excuser les quatre autres députés membres de cette coordination : Monsieur Jacques Desalangre, député de l’Aisne ; Monsieur Jean-Claude Lefort, député du Val de Marne ; Madame Chantal Robin Rodrigo, députée des Hautes-Pyrénées et Monsieur Yves Cochet, député de Paris.

Du 10 au 14 septembre de cette année, à Cancun au Mexique, se réunira la 5e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce. L’OMC, à cette occasion, souhaite franchir un pas décisif et irréversible dans la libéralisation et la privatisation de tout ce qui peut l’être : de l’agriculture aux services publics, en passant par la propriété intellectuelle. Le tout dans l’opacité et le secret le plus total. C’est la raison pour laquelle, avec d’autres organisations, et sur le plan mondial, ATTAC va participer à une campagne d’information et de mobilisation des citoyens.

L’OMC, particulièrement avec l’Accord général sur le commerce des services (AGCS), veut libéraliser et privatiser le monde.

Cet accord, l’AGCS, concerne " tous les services, dans tous les secteurs, à l’exception des services fournis dans le cadre du pouvoir gouvernemental ". Seules les fonctions régaliennes des Etats ne seraient pas concernées : justice, police, défense, diplomatie. Tout le reste, selon cet accord, aurait vocation à être privatisé : l’éducation, la santé, la production et distribution d’eau potable, la recherche, les transports, les postes, les bibliothèques, les musées, etc.

Ces discussions se déroulent dans le secret le plus total : l’OMC, la Commission européenne et le gouvernement français refusent de donner la liste des services qu’ils envisagent de privatiser. C’est ainsi que le 6 février, la Commission européenne a communiqué aux 15 gouvernements de l’Union son projet d’offres de services devant être libéralisés et privatisés. Les gouvernements doivent transmettre leurs réactions à la Commission pour demain, le 26 février. Tout devrait être terminé le 29 mars et transmis à l’OMC le 31 mars. Nous considérons cette procédure comme fondamentalement anti-démocratique ; le Parlement devrait non seulement être informé sur ces négociations, mais aussi se prononcer.

Cet accord de l’AGCS représente en effet une menace absolue pour les citoyens.

Depuis plus de vingt ans, dès l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher, les mêmes politiques de libéralisation et de privatisation sont menées. Leur résultat est catastrophique. Selon la promesse faite par les fanatiques du marché, les privatisations permettraient une baisse des prix pour les usagers, une amélioration du service, une baisse des dépenses publiques et le développement de l’innovation. Aucune de ces promesses n’a été tenue : les prix des services privatisés ont augmenté partout ; l’accès à ces services a été réduit pour les plus démunis ; les Etats ont dû mettre la main à la poche pour développer les investissements que les nouveaux propriétaires privés n’avaient pas effectués ; le service s’est dégradé ; le marché est capté par quelques monopoles ; les dirigeants des entreprises et leurs actionnaires, en revanche, ont vu leurs revenus décupler. Le chemin de fer britannique et l’électricité californienne, totalement désorganisés par leur mise sur le marché, ne sont pas des exceptions. Les privatisations, dans la plupart des cas, sont un échec total.

Nous contestons donc radicalement la libéralisation et la privatisation, car les biens publics universels ne peuvent faire l’objet d’aucun marché.

Si la production des tables et des chaises qui sont dans cette pièce peut faire l’objet d’un échange sur un marché, à condition que ce marché ne soit pas contrôlé par une poignée de grands groupes qui faussent la concurrence, aucun bien public universel ne peut faire l’objet d’un marché. Nous sommes radicalement et définitivement opposés à la transformation en marchandise de ce qui constitue les conditions de la vie : l’eau ; l’air ; la terre ; les semences ; le corps humain ; les animaux ; les plantes ; les inventions et la propriété intellectuelle ; les médicaments…

La réponse aux besoins d’intérêt général, par les services publics, doit non seulement rester hors du domaine du marché, mais s’étendre en fonction de l’évolution des besoins.

Quels sont nos objectifs ?

- Nous luttons pour l’abandon de la notion ultralibérale de libre-échange et son remplacement par ce que nous pourrions appeler du " protectionnisme coopératif ". Telle est la réflexion que nous menons actuellement. Laisser le marché conduire le commerce international revient à laisser les plus grands pays écraser les petits. Le commerce international doit donc être régulé pour mettre fin à la guerre économique et commerciale, et la remplacer par la coopération internationale. Sur une période de dix à vingt ans, le solde des balances commerciales devrait tendre vers zéro. Autrement dit, chaque pays devrait exporter autant qu’il importe. Car l’obsession de la priorité donnée aux exportations, non seulement affaiblit le pouvoir d’achat intérieur des pays concernés, mais provoque des déficits chez les autres : les exportations des uns sont en effet les importations des autres.

- Nous demandons l’abandon immédiat de toutes les négociations en cours, c’est-à-dire un moratoire à l’OMC.

- Nous exigeons une évaluation indépendante des politiques de libre-échange menées par l’OMC et la Commission européenne.

- Nous voulons la transparence absolue des négociations entre l’OMC, la Commission européenne et le gouvernement par l’information régulière des Parlements, des associations et des syndicats.

Si le gouvernement français promet d’utiliser son droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU pour empêcher la guerre en Irak, il doit également utiliser le droit de veto dont il dispose dans le cadre de l’Union européenne, puisque les domaines de la culture, de la santé, de l’éducation et des services sociaux fonctionnent selon la règle de l’unanimité.

Pour toutes ces raisons, avec de nombreuses autres organisations, ATTAC lance une campagne qui se terminera lors du sommet de Cancun en septembre 2003.

Première étape : l’échauffement (du 25 février au 13 mars)

- 25 février : conférence de presse à l’Assemblée nationale.
- 8 et 9 mars : week-end de distribution de tracts par les Comités locaux d’ATTAC.
- 10 mars : Pascal Lamy intervient au Parlement européen sur l'AGCS. La coordination ATTAC du Parlement européen, avec ATTAC, prépare une initiative à Strasbourg.
- 11 mars : conférence de presse du collectif national contre l’AGCS. Participation de Susan George, Marc Delepouve, Jacques Nikonoff et Daniel Rallet pour ATTAC.
- 13 mars : journée de mobilisation dans les universités (tract, deux conférences prévues dans des universités, l’une sur la culture et l’éducation ; l’autre sur les services publics et les problèmes posés au Sud).

Deuxième étape : la course de fond vers Cancun (du 14 mars au 31 août)

Pour les Comités locaux d’ATTAC, un " kit " de mobilisation est prévu :
- Argumentaire recto/verso sur ce qu’est l’AGCS à remettre localement aux partis, syndicats, associations, élus.
- Appel aux collectivités locales françaises (mairies, conseils généraux et régionaux) pour voter des motions rejetant l’AGCS. Vous trouverez dans le dossier de presse un exemple de ces motions avec celle votée par le conseil général de la Haute-Garonne.
- Plusieurs modèles de tracts.
- Liste de conférenciers ATTAC sur l’AGCS et l’OMC (Philippe Clochepain, Marc Delepouve, Susan George, Marie Lionis, Daniel Rallet, Céline Trublin, Louis Weber).
- Inciter les Comités locaux à organiser une conférence sur ce thème d’ici début septembre (sur l’OMC et l’AGCS en général ; sur les thèmes de l’AGCS : eau, poste, services financiers, culture, éducation, agriculture, propriété intellectuelle…).
- Module de formation de formateurs (5 et 6 avril).
- Évènement au Larzac début août.

Troisième étape : le sprint final (du 1er septembre au 15 septembre)

Cette étape sera définie vers le mois de mai, mais déjà je peux vous informer qu’une journée mondiale d’action aura lieu le 8, juste avant l’ouverture de la conférence de Cancun.

Je vous remercie.


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^ La campagne AGCS de 2001 à 2003

Les auteur(e)(s)
Nikonoff Jacques
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