Les marchés financiers
article publié le 5/04/1999
auteur-e(s) : Arnaud Zacharie, Avermate Jean-Pierre

Les marchés financiers se composent d’un marché boursier – ou marché de capitaux à long terme -(les Bourses de chaque pays), d’un marché monétaire et d’un marché des changes – ou marché des capitaux à court et moyen terme -, d’un marché des taux d’intérêt, d’un marché des matières premières et d’un marché des produits dérivés.


Les marchés financiers

Les marchés financiers

Les marchés financiers se composent d’un marché boursier – ou marché de capitaux à long terme -(les Bourses de chaque pays), d’un marché monétaire et d’un marché des changes – ou marché des capitaux à court et moyen terme -, d’un marché des taux d’intérêt, d’un marché des matières premières et d’un marché des produits dérivés .

A- LA BOURSE :

 QU’EST-CE QUE LA BOURSE ?

En économie, tout fonctionne selon le principe de l’offre et de la demande  ; si je désire une bouteille de vin, je suis demandeur de vin (demande) . Je vais donc me rendre chez un négociant en vin (offre) qui vend des bouteilles de vin. Je vais logiquement chercher l’offre la plus intéressante pour moi ; en effet, je vais chercher le négociant en vin proposant le type de vin que je désire (Bordeaux, Bourgogne, Beaujolais, etc …), ainsi que le meilleur rapport qualité/prix pour ce type de vin (par exemple, un Bordeaux de 1974 à un prix de 10 euros) . Une fois que j’ai trouvé le négociant en vin idéal (l’offre idéale), je vais dénouer la transaction (acheter le Bordeaux désiré et devenir la demande de la transaction) .

A la Bourse, c’est pareil : la Bourse est un grand magasin de vin, où on trouve une certaine quantité et une certaine variété de vins de qualités différentes . L’équivalent de tous ces vins à la Bourse sont les actifs financiers . Il existe plusieurs types d’actifs financiers négociés en Bourse, comme il existe plusieurs types de vins au magasin de vin ; on y trouve ainsi les actions (l’action « Renault » représentera ainsi une partie de la valeur de l’entreprise Renault, c’est-à-dire une part de son capital) et les obligations (ce sont des reconnaissances de dette avec intérêts à la clé, c’est-à-dire qu’en échange de l’offre d’une obligation, la demande doit verser une somme d’argent appelée à être remboursée avec intérêts par celui ayant offert cette obligation) .

·  Pour l’action comme pour le vin, on trouve la Bourse (le magasin de vin), le vendeur - offreur (le négociant en vin) et l’acheteur - demandeur (moi qui achète le Bordeaux) qui forment les deux contreparties de la transaction, ainsi que l’émetteur de l’action (le producteur de vin – le viticulteur- qui est donc à l’origine de la présence des bouteilles chez le vendeur de vin) –par exemple, l’entreprise Renault qui va émettre sur le marché boursier (à la Bourse - magasin de vin) un nombre d’actions Renault, dont la valeur totale équivaut au montant du capital de l’entreprise .

·  L’obligation est quant à elle similaire à un livret d’épargne : le livret est l’actif (l’obligation) prouvant que j’ai prêté une certaine somme d’argent (le prix de l’obligation) à une banque (l’émetteur de l’obligation à qui j’ai prêté la somme d’argent en échange de cette obligation – par exemple, l’entreprise Microsoft ayant besoin d’argent liquide pour ses investissements) . Ainsi, en souscrivant (c’est-à-dire en achetant) une obligation, je vais prêter (offre) de l’argent à un émetteur (demande), à charge pour celui-ci de me rembourser cette somme et ses intérêts à une date fixée par le contrat de cette obligation (actif financier) .

Sur le marché du vin, il existe les petits négociants de village, les négociants plus importants des villes et les grands étalages de vin dans les supermarchés (offres de tailles différentes) . Parallèlement, il existe sur ce marché des demandes de valeurs différentes : chaque consommateur de vin a un pouvoir d’achat personnel – le salaire que son emploi génère, etc …- et présente donc un poids financier – une capitalisation - différent, lui permettant l’achat de bouteilles plus ou moins chères .

A la Bourse, c’est pareil : on va y trouver différents agents économiques de poids financier spécifique, comme le petit boursicotteur (Monsieur Dupont qui a acheté des actions Renault pour une valeur de 10 000 Francs et qui espère voir cette action monter - prendre de la valeur - et ainsi les revendre plus chères qu’il ne les a achetée pour faire un bénéfice), le Fonds Collectif (un gestionnaire de portefeuille gère pour le compte d’une grande banque les actifs de plusieurs personnes lui ayant confié leur éprgne et possède ainsi un capital plus important), le Fonds de Pension (des salariés versent chaque mois à un Fonds un pourcentage de leur salaire et seront remboursés avec bonus au cours de leur pension par ce Fonds, géré par un grande banque et cherchant simultanément à faire des bénéfices pour son propre compte) .

Ensuite, si la demande de vin augmente et si le viticulteur (producteur de vin) veut suivre cette demande, il doit augmenter son capital et produire davantage de bouteilles pour les proposer aux magasins de vin (les Bourses des différents pays) . Par conséquent, plus le viticulteur émet de bouteilles sur le marché du vin et plus il doit augmenter son capital pour ses investissements (matériel agricole, salaires supplémentaires pour la main d’œuvre supplémentaire nécessaire à l’augmentation de la production, …) .

Pour les actions, c’est pareil : plus l’émetteur d’actions (l’entreprise Renault par exemple) veut augmenter son capital et plus il doit émettre d’actions à la Bourse . En effet, vu qu’une action Renault équivaut à une part de la valeur de l’entreprise Renault (capitalisation), plus l’entreprise Renault émet d’actions Renault à la Bourse et plus l’entreprise Renault augmente son capital .

Parallèlement, plus les consommateurs de vin (la demande) augmente et plus les négociants en vin vendent de bouteilles et font de plus-values (et inversement) . A la Bourse, c’est pareil : plus il y a d’acheteurs d’actions Renault (de Bordeaux) à la Bourse (magasins de vin) et plus l’action Renault monte (et inversement) .

Enfin, plus le nombre de bouteilles de Bordeaux « Mouton Cadet » produites en 1974 est élevé, moins elles sont rares sur le marché et plus leur prix est bas (suite à la concurrence des prix exercées par le grand nombre de négociants possédant ce Bordeaux – la concurrence de l’offre fait baisser le prix) . Donc, le producteur de vin, s’il sait qu’il existe une grande demande de ce vin, ne va produire qu’un certain nombre de Bordeaux « Mouton Cadet 1974 » qu’il sera certain de vendre (vu qu’il y a une grande demande de ce vin) à un prix plus élevé (vu que l’offre est moins importante que la demande qui se fait concurrence pour acquérir ce vin – la concurrence de la demande fait grimper les prix) .

A la Bourse, c’est pareil ; si Renault, face à la forte demande de ses actions sur le marché boursier, continue à en émettre au même rythme, le cours de l’action ne montera que très peu . Par contre, si la demande d’actions Renault est toujours plus élevée (si les agents économiques souscrivent de plus en plus d’actions Renault) et que Renault n’émet pas davantage d’actions, le cours de l’action Renault grimpera fortement (et sa capitalisation par la même occasion) .

 FONCTIONNEMENT DE LA BOURSE :

Pour rappel, à la Bourse, on prête ou on emprunte des valeurs à long terme, alors que le marché monétaire et le marché des changes (cfr. plus loin) abrite des valeurs prêtables ou empruntables à court et moyen terme.

La Bourse se compose d’un marché au comptant (les transactions sont directement dénouées, c’est-à-dire que les titres financiers - actions, obligations, …- sont immédiatement payés et obtenus par la personne qui les souscrit sur ce marché) et d’un marché à terme (les transactions sont dénouées à terme, c’est-à-dire que les titres financiers sont négociés à un prix qui est fixé le jour de la transaction - donc au comptant -, mais sont par contre payés et livrés à une date ultérieure – je décide ainsi avec mon négociant en vin de réserver une bouteille de « Mouton Cadet 1974 » pour la semaine prochaine au prix d’aujourd’hui, ceci même si le prix de la bouteille a augmenté d’ici à la semaine prochaine : c’est sur ce marché à terme que sont négociés les produits dérivés - futures, forwards, options…-).

Sur le marché à terme on trouve le vendeur à terme ou " baissier " (le baissier vend aujourd’hui un titre qu’il espère racheter à terme à un prix inférieur et ainsi faire une plus-value - c’est-à-dire un bénéfice) et l’acheteur à terme ou " haussier " (il achète aujourd’hui un titre qu’il espère revendre à terme à un prix (à un cours) supérieur et ainsi faire une plus-value – comme l’acheteur d’une bouteille de bon Bordeaux espérant la revendre plus tard à un prix supérieur, après l’avoir conservée dans sa cave). En outre, ce marché à terme permet d’acquérir (souscrire) un titre financier sans avoir les capitaux pour l’acheter (il suffit alors d’un dépôt de garantie ou d’une prime pour pouvoir spéculer sur ce titre – sorte d’avance payée au vendeur de vin, preuve de ma solvabilité lui assurant que je vais bien venir acheter mon « Mouton Cadet » la semaine prochaine ; ainsi, même si le prix de la bouteille a augmenté en une semaine, j’achète le « Mouton Cadet » au prix fixé la semaine dernière par le contrat avec le négociant en vin et j’achète donc une bouteille ayant une valeur supérieure au prix que j’ai payé en réalité).

Ensuite, un marché (qu’il soit à long ou à court terme) se divise en deux compartiments : le marché primaire (c’est l’ensemble des titres nouvellement émis – c’est le marché concernant le viticulteur plaçant ses bouteilles sur le marché du vin) et le marché secondaire (le marché secondaire est celui dont on parle quotidiennement dans les journaux, c’est l’ensemble des titres émis antérieurement dont la position n’a toujours pas été liquidée, c’est-à-dire que les titres sont toujours confrontés à l’offre et à la demande - les bouteilles sont chez les vendeurs de vin et les consommateurs négocient leur achat -, c’est le marché de l’occasion où des titres dépréciés peuvent être revendus - comme pour la voiture au garagiste  -, ce qui permet à certains opérateurs de limiter leurs pertes en revendant un titre ayant baissé fortement – je revends ma voiture à un prix décent pour avoir un certain capital pour en acheter une nouvelle).

La richesse d’une entreprise passée à l’économie de marché financier (c’est-à-dire une entreprise ne se finançant plus auprès des Banques pour emprunter mais se finançant directement par l’émission d’actions à la Bourse) se calcule en multipliant le nombre de ses actions émises par le cours de son action (ex. : Renault possède 1000 actions Renault en circulation qui valent chacune 10, la capitalisation de Renault équivaut donc à 10 000). Parallèlement, la capitalisation (la richesse) d’une Bourse se calcule en additionnant les capitalisations de chaque actif financier qu’elle abrite (donc, la capitalisation de la Bourse de Paris équivaut au total des valeurs cotées en son sein au prix auquel ces valeurs y sont cotées).

La formation des cours de la Bourse diffère quant à elle, que cette formation se rapporte à une obligation ou à une action :

- Pour l’obligation, ce sont les taux d’intérêt qui détermine la formation de son cours ; en effet, lorsque l’obligation émise est revendue sur le marché secondaire (le marché de l’occasion), si les taux d’intérêt se sont élevés, l’obligation se déprécie (vu que le rendement de l’obligation dépend des intérêts reversés), alors que si les taux baissent, l’obligation devient intéressante pour l’entreprise ou l’Etat avide de liquidités à peu de frais (vu qu’elle aura moins d’intérêts à verser à l’échéance de l’obligation) . Donc, comme il est plus intéressant pour ma banque de me payer peu d’intérêts pour l’argent que j’y ai placé sur un livret, il est plus intéressant pour l’émetteur d’une obligation (une entreprise ou un Etat) que les taux d’intérêt soient bas lors de cette émission .

- Pour l’action, c’est davantage la confiance que les investisseurs (les spéculateurs, boursicoteurs, actionnaires, …) prête à une entreprise et aux bénéfices que celle-ci semble capable de dégager qui influence son cours. Le cours d’une action va donc dépendre du rapport entre les ordres d’achat et de vente la concernant (plus on en achète, plus elle est demandée, comme pour les bouteilles de « Mouton Cadet 1974 » et le viticulteur).

Mais l’ensemble du marché peut augmenter (ex. : démission de Lafontaine en Allemagne) ou baisser (ex. : affaire Lewinski aux USA) pour des raisons psychologiques et donc subjectives. Pareil par effet de mimétisme (exemple : Soros, opérateur influent sur les marchés financiers, agit de telle façon donc cela signifie que quelque chose va se passer dans ce sens et tout le monde le suit, d’où le marché – c’est-à-dire l’ensemble des agents économiques, donc des légumiers et des consommateurs de légumes - évolue comme Soros le voulait pour des raisons psychologiques et donc non-fondées sur l’économie réelle ; on parlera ici d’effet moutonnier) .

Enfin, les taux d’intérêt jouent aussi un rôle pour le cours des actions ; en effet, si les taux montent (l’argent devient plus cher), les obligations deviennent plus attrayantes que les actions et ces dernières sont donc moins achetées et perdent de la valeur ; ainsi, si j’ai le choix entre acheter ma bouteille de « Mouton Cadet » aujourd’hui et placer l’argent sur mon livret, je vais regarder s’il est plus intéressant d’acheter une bouteille à un prix bon marché que de placer mon argent et toucher des intérêts +ou- élevés .

Ceci en plus du fait que les profits des entreprises deviennent moindres en même temps que le pouvoir d’achat des consommateurs, vu qu’un emprunt pour un investissement demandera plus d’intérêts à verser par l’emprunteur.

 LE ROLE DE LA BOURSE :

L’émission en Bourse d’actions et d’obligations permet aux entreprises de se financer. Parallèlement au système bancaire, la Bourse constitue un des circuits de financement de l’économie.

En effet, avant l’existence de la Bourse, une entreprise devait emprunter auprès des banques pour ses investissements ; elle empruntait 1 million sur 10 ans et devait rembourser cette somme avec intérêts à la clé . Elle traînait donc cet emprunt (ses dettes) sur le long terme et devenaient par là dépendante de cette banque . En outre, elle devait faire preuve de confiance pour recevoir ce prêt (la banque devait s’assurer d’être remboursée de son crédit) .

Parallèlement, un Etat devait emprunter auprès des banques pour payer ses investissements (les investissements publics), puis les dettes que ces investissements impliquent (la dette publique), puis les intérêts de cette dette, puis les intérêts des intérêts, et ainsi de suite . D’où une dépendance des Etats envers les banques (pour les mêmes raisons que les entreprises) .

Ainsi, alors que les entreprises recherchent des capitaux pour développer des projets d’investissement et que l’Etat doit financer le déficit budgétaire par le recours à l’emprunt, d’autres agents, comme les ménages ou les organismes qui gèrent une épargne collective (banques, assurances, Fonds communs, Fonds de pension, …) sont à la recherche de placements rémunérateurs.

La Bourse permet à ces deux types d’intervenants de se rencontrer : ceux qui ont des besoins de financement (c’est-à-dire ceux dont l’investissement est supérieur à l’épargne - solde négatif - comme les entreprises et les Etats) trouvent des capitaux directement auprès de ceux qui ont des capacités de financement (c’est-à-dire ceux dont l’investissement est inférieur à l’épargne - solde positif - comme les Fonds de pension, les boursicotteurs, etc …).

La présence de la bourse permet ainsi le passage d’une économie d’endettement (le financement est indirect, car les agents ne se rencontrent pas directement sur le marché mais passent par un intermédiaire - la banque - qui collecte les fonds des prêteurs et octroie sur cette base des crédits aux emprunteurs) à une économie de marché financier (les entreprises assurent leur financement par appel direct au marché - émission d’actions ou d’obligations - et l’endettement auprès des banques ne joue plus qu’un rôle marginal).

L’introduction en Bourse d’une entreprise est l’occasion d’améliorer sa notoriété (une entrée en bourse est souvent accompagnée de tout le tralala médiatique habituel), de réaliser des plus-values latentes (en élargissant le cercle des actionnaires et ainsi faire appel au marché pour financer le développement de l’entreprise, comme le producteur de vin émettant ses bouteilles sur le marché du vin pour payer ses ouvriers, acheter du matériel agricole, etc…) et d’améliorer ainsi sa structure financière (gage d’indépendance à long terme, car la société cotée en bourse a la possibilité d’effectuer des augmentations importantes de capital, en proposant toujours de manière préférentielle à ses actionnaires la souscription à ces augmentations, à charge pour ces derniers de vendre leur droit de souscription s’ils ne désirent pas suivre l’augmentation de capital). Ainsi, la société cotée en Bourse agit comme un viticulteur possédant plusieurs négociants en vin principaux ; si le viticulteur doit s’acheter du nouveau matériel pour ses vignes, il va vendre plus de bouteilles en les proposant de manière préférentielle à ses négociants-fétiches, susceptibles de pouvoir les lui acheter (car ils possèdent une clientèle fidèle et sont certains de les vendre, par exemple) .

La conséquence de cette économie de marché financier est que l’obtention de fonds propres permet de réduire la vulnérabilité de l’entreprise envers les banques, par l’allégement de la charge des intérêts (d’où le fait qu’aujourd’hui, les crédits fournis par les banques ne représentent plus que 20% des sources de financement des entreprises industrielles, 80% venant directement des marchés de capitaux).

Une autre conséquence est le fait que les entreprises cotées sont contraintes de publier périodiquement leurs résultats et sont donc soumises à l’examen critique des analystes financiers ; d’où le problème du pouvoir croissant des très puissants Fonds de Pension anglo-saxons, imposant un ratio de bénéfices de 12 à 15% aux entreprises desquelles ils sont actionnaires principaux, ce qui oblige celles-ci à  licencier massivement pour dégager des capitaux rapidement (et répondre ainsi à ce ratio, sans quoi les actionnaires vont voir ailleurs si les rémunérations sont plus abondantes et l’action de l’entreprise – et donc sa capitalisation - chute). Une "mauvaise" gestion provoque ainsi la chute des cours, vu que les investisseurs-actionnaires s’efforcent d’évaluer l’état de santé et les perspectives de croissance des entreprises (c’est-à-dire les bénéfices et les dividendes potentiels de l’entreprise), afin d’orienter leurs ordres d’achat et de vente . Ainsi et logiquement, une entreprise ne vendra ses actions que si elle est capable de dégager des bénéfices importants, synonyme de dividendes pour des actionnaires toujours plus gourmands .

Ainsi, si l’économie de marché financier permet une indépendance financière aux entreprises, elle implique simultanément une dépendance à un contrôle extérieur (surtout s’il existe un ou plusieurs actionnaires de taille importante tels les Fonds de Pension, car si un actionnaire possède une majorité des actions émises par une entreprise, il est propriétaire-majoritaire de cette entreprise), d’où le fait que plusieurs patrons de grandes firmes ont été subitement remplacés à la suite de « mauvais » résultats (Kodak, IBM, General Motors , etc. ...) ; c’est ce qu’on appelle le Corporate Governance (le gouvernement d’entreprise) , véritable révolution dans l’histoire du capitalisme (principes de gestion bouleversés), dont l’efficacité dépend du degré de concentration de l’actionnariat (moins il est dispersé , plus le contrôle est facile et efficace , comme c’est le cas avec les Fonds de Pension , financés par les salaires des travailleurs , mais imposant une gestion – des bénéfices de 12 à 15% - impliquant des licenciements massifs).

C’est comme si un viticulteur n’avait que trois gros négociants-fétiches pour écouler son stock de bouteilles ; il est évident que dans ce cas, les trois négociants pourront décider des modalités des bouteilles produites, sans quoi ils ne les achèteront pas et le viticulteur ne pourra s’acheter le nouveau matériel dont il a besoin pour ses vignes .

Il ne faut cependant pas croire que ce phénomène de Corporate Governance n’est dû qu’aux uniques Fonds de Pension  ; le Corporate Governance dépend de la concentration de l’actionnariat, donc de la faculté des actionnaires à souscrire suffisamment d’actions que pour prendre un pourcentage de propriété sur cette entreprise suffisant à sa prise de contrôle. Donc si un actionnaire possède une majorité des actions de l’entreprise X, il pourra faire du Corporate Governance, qu’il soit un Fonds de Pension ou non.

Exemple concret  : Philippe Bodson, PDG de Tractebel en Belgique, est liquidé par l’actionnaire principal (Suez-Lyonnaise des Eaux) et est remplacé par un autre, sans que personne n’ait rien à dire (ceci même si l’entreprise est en bénéfices) .

Donc, si l’actionnaire principal, FDP (Fonds de Pension) ou autre, décide quoi que ce soit , le PDG suit et l’Etat aussi, personne n’a rien à dire.

Il est également important de comprendre qu’un gestionnaire de Fonds n’a pas le sentiment de nuire à l’entreprise ou à la société en général . Au contraire, il s’applique à suivre le changement pour que son investissement (l’entreprise) reste en bénéfices (et lui assure ainsi les dividendes nécessaires pour son Fonds) : il la dégraisse pour lui permettre une compétitivité suffisante face à la concurrence mondiale et ainsi la faire revenir à la vie, à la suffisance d’oxygène (c’est-à-dire à des bénéfices supérieurs à 12%) . Les dividendes, c’est d’abord pour payer les pensions des salariés-cotisants . C’est ensuite pour faire des bénéfices personnels . Les conséquences sociales, ce n’est pas le rôle d’un gestionnaire de Fonds . Il est donc inutile de « diaboliser » celui qui fait son boulot . Il faut par contre remettre en question les législations et le laisser-fairisme politique ayant permis de tels débordements socialement autodestructeurs .

Car on arrive en effet à une situation où ce sont les Fonds de Pension, existant grâce aux cotisations de salariés, qui imposent aux entreprises n’arrivant pas à un bénéfice de 12% le licenciement d’une part de leurs salariés (sorte de mécanisme par lequel le salarié finance son futur licenciement éventuel) . En outre, il n’est de secret pour personne que les Fonds de pension privés existent pour pallier l’incertitude du système de pension par répartition (et sont donc devenus légitimes suite à la démission des Etats dans ce domaine), système déstabilisé par le nombre toujours décroissant de cotisants, c’est-à-dire de salariés (d’ailleurs, tous les rapports montrant la difficulté de survie à terme du système par répartition se basent sur des taux de chômage de +ou- 11%, soit le taux actuel – ce qui nous porte à penser que le monde politique ne croit pas à ses propres recettes pour l’emploi) . Or, ces Fonds de Pension, en ordonnant des licenciements massifs, accroissent le chômage et déstabilisent toujours plus le système par répartition, ceci sans que personne ne propose rien d’efficace au sein du monde politique .

 RECENSEMENT DES ACTIFS FINANCIERS :

Commençons par les produits collectifs qui diffèrent sensiblement de pays à pays, mais qui fonctionnent selon un principe similaire (nous prendrons ici le cas français) : les SICAV et les Fonds Communs de Placement (pour information, ce sont les Mutual Funds qui jouent ce rôle aux USA) . Ces produits collectifs proviennent d’épargnants confiant leur épargne à des organismes gérés par une banque, une société de bourse ou une société d’assurance. Ces organismes placent cette épargne dans un portefeuille diversifié de valeurs mobilières (actions et obligations, négociables sur le marché boursier ou marché des capitaux à long terme) ou de titres du marché monétaire (ou marché de capitaux à court et moyen terme – cfr. plus loin). Les épargnants voient ainsi leur épargne gérée par des spécialistes du placement, courant un risque limité du fait de la diversification des placements. Ainsi, un organisme de gestion d’épargne collective, grâce au fait qu’il possède un capital important (vu qu’il collecte les épargnes de différents agents économiques), va pouvoir placer une partie de cette épargne à droite, une au centre et une troisième à gauche : dans un tel cas de figure, cet organisme pourra se permettre de perdre à droite et de ne pas gagner grand chose au centre : tant qu’il gagne davantage à gauche qu’il n’a perdu à droite, il sera bénéficiaire au total . C’est en ce sens que les Fonds de gestion d’épargne collective peuvent se permettre certains risques calculés sur les marchés financiers, en spéculant à plusieurs endroits selon une stratégie globale d’investissements sur les différents marchés. Ces Fonds effectuent donc des placements internationaux, pour pouvoir profiter des avantages potentiels de l’ensemble des marchés mondiaux.

Il existe 2 types de Fonds communs de placement : l’ouvert (open end), qui émet des certificats représentatifs au fur et à mesure de la demande, et le fermé (close end), qui fixe un capital nominal de départ et n’en varie plus.

En outre, une seconde distinction est à faire dans la manière qu’ont les Fonds de rétribuer le porteur, soit par coupon périodique (le Fonds verse chaque année les intérêts du placement à ses clients, même si ce placement s’effectue sur trois ans ou plus), soit par capitalisation (si le porteur a souscrit un Bon sur 5 ans, par exemple, les intérêts annuels sont ajoutés au capital et ne sont versés qu’à l’échéance de 5 ans).

Rappelons pour terminer que les produits collectifs sont placés aussi bien en Bourse (marché de capitaux à long terme) que sur les autres marchés (le marché monétaire à court terme par exemple que nous verrons plus tard) .

Ensuite, à la Bourse (marché de capitaux à long terme) sont négociées des valeurs mobilières  : les actions et les obligations.

1.  Une action est un titre de propriété qui correspond à une fraction du capital d’une entreprise. L’action est donc une valeur variable, vu qu’elle dépend des bénéfices réalisés par l’entreprise. Les actions  sont émises par l’entreprise, à différents moments possibles comme lors  de son entrée en Bourse, lors d’une augmentation de capital ou encore  lors de la conversion de bons de souscription, par exemple (voir plus  loin) . Une action « Renault » correspond donc à une part du capital de l’entreprise « Renault » et a été émise par elle ; cette action prendra de la valeur ou en perdra à la Bourse, selon que les intervenants sur la marché boursier l’achèteront ou la vendront .

Il existe plusieurs types d’actions qui déterminent le rôle de l’actionnaire dans la vie de l’entreprise émettrice :

L’action classique (droits identiques de vote et de bénéfices aux détenteurs), l’action à droit de vote privilégié (droit de vote double à un détenteur de plusieurs années ; par exemple : 2 ans de détention des mêmes actions d’une même entreprise permettent un vote double au sein de cette entreprise), l’action à bon de souscription (le détenteur peut souscrire une action ultérieurement à un prix convenu à l’avance en utilisant le bon -NB : Souscrire une action = acquérir une action) ou encore l’action à dividende prioritaire (pas de droit de vote mais dividendes versés en priorité à certains actionnaires importants de l’entreprise).

L’actionnaire a le droit de voter (son droit de vote est proportionnel au nombre de titres qu’il possède) pour des décisions portant sur les dividendes, les comptes ou encore la révocation ou la nomination du PDG. Il a également le droit d’intervenir lors des assemblées générales. Il a enfin le devoir de supporter les éventuelles pertes de la société ou de répondre aux appels de fonds (verser le capital auquel correspond ses actions lorsque la société le demande).

2.  Une obligation est un titre de créance qui correspond à une fraction d’un emprunt à long terme émis par une entreprise ou un Etat. L’obligation est une valeur remboursable à l’échéance et rapporte un intérêt fixe ou variable à celui qui l’achète (l’inflation peut ainsi diminuer la valeur de l’obligation, d’où l’intérêt d’une inflation faible et stable pour les détenteurs d’obligations, ou au moins de taux d’intérêt supérieurs au taux d’inflation pour assurer un bénéfice – N.B. : l’inflation est la diminution de la valeur de la monnaie et donc du pouvoir d’achat des gens possédant cette monnaie). Donc, au lieu d’emprunter des capitaux à la banque et de payer des intérêts à cette banque, un Etat (ou une entreprise) va émettre une obligation, c’est-à-dire un appel à un intervenant du marché boursier pour que celui-ci, par l’acquisition de cette obligation, lui verse un certain capital pour un certain temps, en échange de quoi l’Etat ou l’entreprise s’engage à lui rembourser cette somme et à payer à terme des intérêts (fixes ou variables) . L’obligation est souvent considérée comme un titre moins risqué que l’action, vu que le détenteur est presque certain de retrouver son capital à l’échéance (avec intérêts en prime), à moins d’une faillite de l’émetteur (la solidité de ces émetteurs, c’est-à-dire la capacité qu’ils ont à rembourser avec intérêts leurs obligations, est appréciée de AAA à D par des agences spécialisées).

Il existe également plusieurs types d’obligations : l’obligation classique (taux d’intérêt fixe et le capital est obligatoirement remboursé à l’échéance), l’obligation à taux variable (taux modifié périodiquement selon un indicateur de taux d’intérêt, comme le taux mensuel du marché monétaire ou le taux du marché obligataire – cfr. plus loin), l’obligation avec bon de souscription ou warrant (bon permettant à terme l’acquisition d’un titre déjà émis à un prix fixé à l’avance – notons pour information qu’un warrant peut aussi être émis individuellement) ou encore l’obligation convertible (proposant un taux d’intérêt inférieur mais pouvant en compensation être échangées contre des actions ou des obligations du même émetteur).

Enfin, il existe aussi des emprunts d’état (à taux fixes ou variables), destinés le plus souvent pour l’Etat à recueillir une épargne massive (ex. : en 1993, l’emprunt Balladur - ce type d’emprunt porte souvent le nom du ministre l’ayant émis). L’Etat émet ainsi une obligation et peut ainsi recueillir en échange de l’argent liquide (somme qu’il devra rembourser avec intérêts) . Il existe aussi des emprunts d’état indexés, c’est-à-dire liés à l’inflation, au cours de l’or ou au cours d’une monnaie (comme l’emprunt Barre en France, qui est lié au cours de l’ECU).

 QU’EST-CE QU’UN FONDS ?

Un Fonds est une société comportant quelques dizaines d’opérateurs rassemblés dans un bureau et spéculant sur l’ensemble des marchés financiers à partir des informations qu’ils reçoivent . Ces informations sont appelées « fondamentaux » ; ces fondamentaux se composent d’informations économiques (taux d’inflation, déficit budgétaire, balance commerciale, dette publique, … d’un pays), politiques (politique économique, mais aussi composition d’un gouvernement – La Fontaine démissionne de son poste de Ministre des finances allemand et la Bourse allemande grimpe - , la transparence des institutions, la stabilité d’un gouvernement – Clinton risque la destitution et la Bourse américaine chute -, …) et psychologiques (plusieurs opérateurs importants spéculent dans un sens et les autres opérateurs y voient un signe de montée de variation des cours dans ce sens : c’est ce qu’on appelle l’effet moutonnier) .

Il existe trois grands types de Fonds qui gèrent des Portefeuilles d’actifs financiers (c’est-à-dire un ensemble d’actions, d’obligations et de titres monétaires sur différents marchés) :

1.  les Fonds de Pension : ces Fonds collectent une part du salaire mensuel des travailleurs et spéculent sur les marchés financiers pour faire fructifier ce capital collecté . Le but de ces Fonds est double : primo, assurer aux salariés qui cotisent une retraite à la fin de leur carrière, le montant de la retraite versée étant déterminées par contrat entre le Fonds et le salarié ; secundo, dégager des bénéfices supplémentaires pour leur propre compte.

2.  les Fonds Communs de Placement (ou Fonds de Gestion Collective)  : ce sont les SICAV et autres Mutual Funds ; ces Fonds proviennent d’épargnants confiant leur épargne à ces organismes gérés par une banque, une société de bourse ou une société d’assurance. Ces organismes placent cette épargne  dans un portefeuille diversifié de valeurs mobilières (actions et obligations) ou de titres du marché monétaire (Bons de Trésor, …) . Les épargnants voient ainsi leur épargne gérée par des spécialistes du placement, courant un risque limité du fait de la diversification des placements. Ces Fonds, gérés par ce que l’on appelle les investisseurs institutionnels, spéculent pour assurer une épargne déterminée à ses clients et pour dégager des bénéfices supplémentaires pour leur propre compte .

3.  les Hedge Funds (Fonds spéculatifs ou de performance) : ces Fonds sont des organismes privés qui gèrent des sommes empruntées en diversifiant les risques . Leur but unique est le profit financier . Le Quantum Funds de Soros est le plus connu d’entre eux . La structure de rémunération de ces Fonds pose problème, car les gérants investissent aussi une part de leur argent dans leurs investissements . Or, ils bénéficient toujours avec plaisir d’une part des profits, mais rechignent à assumer les pertes . Il en résulte une accumulation de pertes qui les pousse à accroître les risques de leurs positions spéculatives pour rattraper leurs pertes plutôt que de les accepter . Il en résulte des « quitte ou double » successifs qui, s’ils échouent, peuvent mener à des pertes importantes (ils sont dans l’incapacité financière de verser l’appel de marge que la chambre de compensation leur réclame – cfr. Le marché des produits dérivés) . Or, les Hedge Funds sont financées par de l’argent emprunté . Donc, en cas de banqueroute, c’est le risque de faillites en chaîne (cfr. les déboires du LTCM) .

L’influence de ces Fonds sur les marchés financiers est un sujet fort discuté . Mais la réponse est en réalité nuancée : il est faux de dire qu’un Fonds peut à lui seul mener à un krach boursier ; en effet, le Quantum Funds, qui représente 15% de l’industrie des Hedge Funds, est très actif sur le marché des changes (le marché des devises) en engageant une moyenne quotidienne de 500 millions de dollars, ce qui peut paraître énorme, mais ne dépasse pas 0,25% du volume de transaction quotidienne totale sur le marché des changes .

Par contre, l’effet moutonnier (cfr. les fondamentaux psychologiques, provenant notamment du fait qu’on mesure les performances d’un investisseur institutionnel par rapport à ses pairs et pas dans l’absolu), dans les risques pris par les Fonds (et donc les mouvements de capitaux – les ordres d’achat et de vente d’actifs sur les marchés mondiaux) peuvent entraîner des mouvements de capitaux susceptibles de mener à un Krach .

 QU’EST-CE QU’UN INDICE BOURSIER ?

L’indice boursier d’une Bourse est l’indicateur qui représente l’évolution du cours d’une sélection d’actions représentative de cette Bourse . En clair, chaque Bourse va posséder son indicateur (son indice boursier) comportant les actions d’un certain nombre d’entreprises majeures cotées au sein de cette Bourse : en Belgique, c’est le BEL 20 (comportant les actions de 20 entreprises majeures), en France, c’est le CAC 40 (comportant les actions de 40 entreprises représentatives), aux USA, c’est le Dow Jones, au Japon l’indice Nikkei 225, au Royaume-Uni le Financial Times Index, en Indonésie le Straits Times Index , en Allemagne l’indice Dax, etc, …

On peut ajouter pour information qu’il existe à côté de ces indices traditionnels des indices plus larges, c’est-à-dire comportant un nombre plus important d’actions représentatives ; on trouve ainsi en France l’indice SBF 120 (120 titres dont les 40 du CAC 40) et l’indice SBF 250 (comportant les 120 du SBF 120) .

Ces indices sont donc le baromètre de la Bourse dans laquelle ils sont négociés, ils donnent la tendance du marché des actions de cette Bourse .

Par conséquent, lorsqu’un Fonds étranger décide d’investir dans une Bourse donnée (la Bourse de Paris, par exemple), il va en réalité souscrire un contrat par lequel il va posséder l’ensemble de l’indice CAC 40 ; grâce à ce contrat, il ne devra pas étudier une à une les 40 valeurs contenues dans le CAC 40, mais pourra les négocier globalement en ne se souciant que de la valeur de l’indice .

Or, la valorisation boursière d’une entreprise est pour elle un facteur primordial . En effet, le PDG va chercher à susciter l’anticipation du marché boursier pour assurer une valorisation boursière constamment en hausse, ceci pour éviter une OPA ou une OPE (cfr. plus loin) hostile d’un prédateur, pour rassurer les actionnaires ou encore pour susciter la souscription de nouvelles actions par ces actionnaires, lors d’une nécessaire augmentation de capital . La valorisation (ou capitalisation) boursière d’une entreprise prend donc la forme d’un indice de confiance du marché vis-à-vis de l’entreprise, ce qui pour elle est primordial, vu que c’est sur ce marché qu’elle se finance (qu’elle établit son capital ; c’est l’économie de marché financier) .

Or, la valorisation d’une entreprise se fait rarement à contre-courant de celle de l’indice de la Bourse dans laquelle elle est cotée .

En outre, un investisseur étranger va sonder l’état de santé des différentes Bourses, en analysant la tenue des différents indices, avant de décider de son investissement ; le placement de capitaux, nécessaires à l’investissement et au développement économique d’un pays, seront donc déterminés en partie par la tenue de l’indice boursier de ce pays . C’est donc la santé micro-économique (la valorisation boursière de chaque entreprise) et la santé macro-économique (le développement économique d’un pays) d’un pays qui est en rapport avec la santé de l’indice boursier de ce pays .

 STRATEGIES DE FINANCEMENT DES ENTREPRISES :

1.  Emission d’actions

Pour comprendre les stratégies des entreprises en rapport à leur financement à la Bourse par émission d’actions, il faut intégrer plusieurs notions s’entremêlant pour former ces stratégies :

·  Capital : le capital d’une entreprise à la Bourse se calcule par le nombre de nouvelles actions émises par l’entreprise sur le marché primaire, multiplié par le nombre de souscriptions au prix fixe déterminé par l’entreprise lors de l’émission de ces nouvelles actions . C’est donc son capital de départ qui va lui permettre de négocier ses affaires commerciales .

·  Capitalisation ou valorisation boursière : la capitalisation boursière augmentera lors d’une hausse de la cote et diminuera inversement avec une baisse de cette même cote après que les nouvelles actions aient été émises . La cote varie quant à elle selon que la demande de l’action sur le marché secondaire est en hausse ou en baisse . La valorisation boursière d’une entreprise équivaut à l’ensemble des avoirs de cette entreprise. Plus cette valorisation sera élevée et moins l’entreprise sera menacée par une OPA hostile .

·  Bénéfices : les bénéfices d’une entreprise se calculent par la soustraction entre les entrées et les sorties . Des bénéfices constants d’une entreprise seront anticipés par la Bourse, c’est-à-dire que des intervenants à la Bourse seront attirés par le potentiel de croissance de cette entreprise et achèteront des actions de cette entreprise en espérant une plus-value, par la hausse de la valorisation boursière impliquée par l’anticipation du marché vis-à-vis des bénéfices de cette entreprise .

·  Dividendes : le dividende est la part du bénéfice d’un exercice distribuée aux actionnaires ; les dividendes sont versés par l’entreprise selon le droit que possède l’actionnaire de recevoir une partie des bénéfices réalisés par l’entreprise .

·  CA : le Chiffre d’Affaires d’une entreprise équivaut à l’ensemble de ses ventes, de ses affaires commerciales ; celui-ci augmentera souvent avec la capitalisation boursière selon la stratégie commerciale adoptée par la direction de l’entreprise .

·  Plus-value boursière : c’est lorsque l’entreprise X voit la cote de son action boursière grimper (de 100 à 110, par exemple) . Cette plus-value permet un bénéfice à la personne ou au Fonds ayant souscrit cette action X à un prix inférieur auquel il la revend .

·  Marché primaire : c’est le marché des actions fraîchement émises, que l’entreprise vient d’imprimer et émet à un prix fixe . C’est ce marché qui détermine le capital d’une entreprise se finançant sur les marchés financiers .

·  Marché secondaire : c’est le marché de l’offre et de la demande des actions une fois qu’elles ont été émises et souscrites, c’est le marché des « actions d’occasion » que les commentateurs évoquent quotidiennement dans les médias . C’est ce marché qui détermine la valorisation boursière d’une entreprise, selon que la cote augmentera ou non .

·  OPA (Offre Publique d’Achat) : une OPA est une offre lancée par un investisseur souhaitant prendre le contrôle d’une entreprise ; il va pour ce faire lancer une offre d’achat des actions de l’entreprise visée à un prix fixe à tous les porteurs d’actions de cette entreprise . On trouve des OPA « hostiles », où l’investisseur devient propriétaire de l’entreprise pour en accroître la rentabilité, avant de la revendre par morceaux à un meilleur prix ; on trouve aussi des OPA « amicales », visant soit la fusion entre deux entreprises de même secteur espérant un gain de parts de marché dans ce secteur, soit l’acquisition d’une entreprise complémentaire par une autre plus importante (par exemple, un fournisseur lance une OPA « amicale » aux actionnaires d’un distributeur) . Plus une entreprise a une capitalisation boursière élevée et plus il sera difficile de l’acheter par OPA, vu que le prix de chaque action sera d’autant plus élevé .

·  OPE (Offre Publique d’Echange) : à la différence de l’OPA, l’OPE implique que l’investisseur qui la lance ne propose plus d’acheter les actions aux actionnaires de l’entreprise visée ; en effet, avec l’OPE, l’investisseur qui la lance propose aux actionnaires d’échanger les actions de l’entreprise visée contre des actions de sa propre entreprise .

En clair, une entreprise va se financer sur le marché boursier en émettant des actions toutes nouvelles . A grand coup de publicité, elle va tenter d’attirer des investisseurs désireux de devenir ses actionnaires ; c’est l’argent que ces investisseurs-actionnaires vont déposer en échange du nombre d’actions qu’ils auront souscrites (par exemple, 100 actionnaires achètent au total 1000 actions à 10 euros) qui formera le capital de l’entreprise (ici, le capital de l’entreprise vaudra donc 100 souscriptions*1000 actions*10 euros=1 000 000 euros) .

Les actionnaires de l’entreprise seront soit des spéculateurs, désireux de faire une plus-value à court terme sur le marché secondaire (ils vont attendre que l’action qu’ils ont acheté à 10 euros grimpent à 15 euros pour faire une plus-value de 5 euros par action souscrite, par exemple), soit des actionnaires à plus long terme, désireux de toucher des dividendes régulièrement : ces dividendes sont une part des bénéfices de l’entreprise que celle-ci reverse à ses actionnaires-propriétaires . Donc, plus les bénéfices seront élevés et plus les dividendes seront importants . D’où l’intérêt des actionnaires d’imposer un ratio de bénéfice important et régulier, assurant des dividendes importants et réguliers (d’où le problème du Corporate Governance et des Fonds de Pension imposant un ratio de bénéfice de 12 à 15% aux entreprises desquelles ils sont actionnaires) .

La stratégie du PDG va donc prendre en compte de multiples facteurs pour la gestion de son entreprise et va devoir prendre en compte les contraintes imposées par son actionnariat en la matière ; ainsi, les analystes financiers des actionnaires (des Fonds, …) vont analyser régulièrement la santé de l’entreprise, c’est-à-dire ses capacités de bénéfice et donc de versement de dividendes . Pour ce faire, les analystes vont analyser le CA (chiffre d’affaires) de l’entreprise par rapport au capital engagé au départ, aux heures de travail nécessaires, à la main-d’œuvre engagée, etc … Parallèlement, le PDG va chercher à susciter l’anticipation du marché boursier pour assurer une valorisation boursière constamment en hausse, ceci pour éviter une OPA ou une OPE hostile d’un prédateur, pour rassurer les actionnaires ou encore pour susciter la souscription de nouvelles actions par ces actionnaires lors d’une nécessaire augmentation de capital . La valorisation (ou capitalisation) boursière d’une entreprise prend donc la forme d’un indice de confiance du marché vis-à-vis de l’entreprise, ce qui pour elle est primordial, vu que c’est sur ce marché qu’elle se finance (qu’elle établit son capital ; c’est l’économie de marché financier) .

Cette valorisation boursière est déterminée par l’offre et la demande de l’action de l’entreprise sur le marché secondaire de la Bourse (l’entreprise émet une nouvelle action sur le marché primaire, puis cette action est ensuite négociée sur le marché secondaire, le marché de l’occasion dont tout le monde parle dans les médias et au sein duquel sévissent les spéculateurs) .

On l’a vu, cette offre et cette demande de l’action déterminant son cours (la capitalisation boursière) dépend des perspectives de ladite entreprise : part de marché, CA, dividendes, stratégie, licenciements, délocalisations , etc... C’est la Bourse qui interprétera toutes ces données et les traduira dans le cours et les analystes financiers des actionnaires tenteront de leur côté d’évaluer les interprétations futures de la Bourse . Cette interprétation doit aboutir, en fin de compte, à une augmentation de l’actif de l’entreprise (donc pas exclusivement son "capital", mais l’ensemble de ses "avoirs", c’est-à-dire sa valorisation boursière) . Cette augmentation boursière ne conduira pas nécessairement à une augmentation similaire ou proportionnelle du dividende, mais bien de la valorisation de cet avoir . Or, cette valorisation va en réalité quasiment toujours de pair avec l’évolution du CA (plus le CA est élevé, plus l’investisseur peut espérer que l’entreprise fera des bénéfices, mais n’allons pas confondre CA et bénéfice - un CA élevé peut s’accompagner de pertes).  Donc il existe une corrélation étroite entre évolution du CA et de la Bourse, sans que cette corrélation soit automatique et certaine . Cette corrélation diffère d’ailleurs d’une entreprise à l’autre, même d’un secteur à l’autre, et même d’un pays à l’autre (elle sera, par exemple, plus importante dans les pays où une partie du salaire est payée sous forme de stock options, vu que dans ce cas, le salaire d’un cadre est en partie déterminé par la valorisation boursière).

La relation bénéfices-cours de l’action est encore bien plus subtile. En toute logique, hausse des bénéfices va de pair avec hausse du cours. Mais ce lien n’existe que par le fait que la Bourse l’anticipe . Donc, si la société annonce une nouvelle percée dans un marché, un nouveau produit, des nouveaux investissements, les investisseurs boursiers anticiperont en Bourse une hausse du CA avec, probablement (mais pas automatiquement), une hausse des bénéfices, donc des dividendes, donc le cours grimpera, car les investisseurs boursiers (demande) seront attirés par ces perspectives de plus-values . Si la hausse des profits n’est pas au rendez-vous ou est moindre que ce qui avait été prévu, les cours chutent . Mais même des opérations qui n’ont aucune influence sur le CA, comme une réduction des coûts administratifs qui influencent directement les bénéfices par exemple, agissent également sur l’évolution du cours. Sans oublier toutes ces opérations de fusions-acquisitions entre entreprises qui, normalement, doivent dégager des plus-values comptables, donc des bénéfices ponctuels. Par conséquent, il n’y a pas de relation directe (linéaire) entre les bénéfices et le cours de l’action . En revanche, la stratégie d’une entreprise, lorsqu’elle se finance par le biais de la Bourse, dépend de l’évolution de sa capitalisation boursière. Donc, on ne peut nier le lien intime existant entre bénéfices et cours de l’action (même s’il est indirect et sous-jacent), car si les bénéfices d’une entreprise sont constants et élevés, les investisseurs en Bourse le remarqueront et souscriront des actions de cette entreprise en croissance, ce qui va avoir comme effet de faire grimper la cote boursière de l’entreprise et donc sa capitalisation .

En résumé, la valorisation (ou capitalisation boursière) d’une entreprise équivaut à la somme des actions émises sur le marché primaire par cette entreprise, souscrites par des actionnaires (boursicotteurs, spéculateurs, …) et évaluées au dernier cours disponible à la Bourse. La capitalisation boursière d’une entreprise est ainsi l’indice de confiance de l’entreprise qui augmente et diminue selon l’offre et la demande de ses actions en Bourse . Elle ne représente donc pas la "valeur réelle" de l’entreprise puisqu’elle dépend pour l’essentiel des cours de la bourse. Ce cours dépendant de la demande et de l’offre sur le marché secondaire, il convient de rechercher l’ensemble des facteurs qui sont pris en compte par un investisseur pour décider d’acheter une action (ou à l’inverse pour s’en débarrasser) . Le facteur pris en compte par l’investisseur est avant tout le rendement escompté par cette action, c’est-à-dire les dividendes qu’il peut espérer recevoir et la plus-value qu’il pourra peut-être réaliser (il revendra l’action à un prix plus élevé que le prix d’achat) .

Parallèlement, les dividendes qu’il peut espérer recevoir dépendent :

·  des bénéfices réalisés par la société (la différence entre les produits réalisés et les charges supportées). Les produits étant constitués par le chiffre d’affaires (CA), mais aussi par des produits financiers (dividendes versés par les sociétés dont l’entreprise détient des actions, intérêts reçus, gains sur des opérations de change....) et par des produits exceptionnels (non reliés directement à l’exploitation, tels que revente d’un actif -immeuble, machine...- à un prix supérieur à sa valeur comptable nette -valeur d’origine). Les charges sont constituées par tous les achats de biens et services effectués à l’extérieur (marchandises, matière première, location des "services" d’un travailleur intérimaire à une entreprise de travail temporaire, location de voitures, et divers services  : conseils d’un expert comptable, d’un cabinet d’audit, etc...) et bien entendu par la rémunération du travail. S’y ajoutent (comme pour les produits) des charges financières (paiement d’intérêts, pertes de change) et des charges exceptionnelles (ex : créances irrécouvrables).

·  de la politique de distribution de dividendes de la société . En effet, la société peut choisir de ne distribuer qu’une partie des bénéfices réalisés à ses actionnaires et conserver l’autre en la mettant en réserve (ce qui constitue un moyen de s’autofinancer, c’est-à-dire d’utiliser ses propres bénéfices pour établir son CA, ce qui élimine toute dépendance de l’entreprise en matière de financement) .

Le capital qu’elle possède est celui qu’elle a acquis lors des souscriptions de ses actions, donc probablement à un prix totalement différent du cours actuel des actions . Donc, par exemple, l’entreprise Microsoft émet des actions à 10 dollars /pièce, elle en vend 100, elle possède donc un capital de 1000 dollars . Si MS fait 1000 dollars de bénéfice et décide d’en distribuer 800 à ses actionnaires, comme il y avait 100 actions émises, chaque action donnera un dividende de 8, quel que soit le cours de l’action. Mais le capital restera à 1000 dollars tant que de nouvelles actions ne seront pas émises.

Notons en outre que 100 actions à 2000 valent plus que 120 actions à 1000 ; la stratégie de l’entreprise va donc surtout consister à susciter une hausse de sa cote boursière (de sa valorisation boursière), synonyme par ricochet de hausse de ses avoirs boursiers, vu que la demande de ses actions sera déterminée par la faculté potentielle de plus-values

Parallèlement , si 100 actions à 2000 valent mieux que 120 à 1000, 200 à 1000 sont bien mieux perçues que 100 à 2000, vu que le potentiel de hausse est plus important pour un prix de souscription de 1000 et que la hausse potentielle sera multipliée par 200 au lieu de 100 . Et encore mieux serait 2000 à 100 ou 4000 à 50 ! Donc, pour attirer plus facilement du capital via la Bourse, l’entreprise dont le cours de l’action grimpe constamment, s’emploiera à diviser ses actions régulièrement, pour favoriser leur hausse par simple effet psychologique. Ces opérations appelées "splits" surviennent continuellement sur les places financières modernes.

2.  Emission d’obligations

Si une entreprise peut se financer par l’émission d’actions, elle peut aussi préférer émettre une obligation ; pour rappel, dans ce cas, elle émet un titre, qu’on lui achète en échange d’une somme d’argent, et elle s’engage à rembourser cette somme à l’échéance avec intérêts en prime.

Il existe aussi la possibilité d’émettre une obligation convertible ; une telle obligation est un emprunt au coût inférieur à celui d’une obligation classique (il y a moins d’intérêts à payer à l’échéance). Cette différence de coût provient de la présence d’une option de conversion liée à ce type d’obligation ; cette option permet ainsi à celui qui achète l’obligation de la convertir en actions du même émetteur, ceci à un prix de conversion fixé au moment de l’émission de l’obligation convertible (donc, le prix auquel le porteur de l’obligation pourra acquérir les actions, au cas où il décide de convertir son obligation, est fixé à l’avance). Aussi, au lieu de devoir rembourser avec intérêts à la clé, l’entreprise devra, au cas où le porteur décide d’utiliser son option, livrer une certaine quantité de ses actions (ou de ses obligations, cela dépend de la teneur du contrat). 

Il existe aussi l’obligation échangeable  ; tout comme avec une convertible, le porteur d’une échangeable a la possibilité d’échanger son obligation contre des actions. La seule différence avec la convertible est que le porteur a cette fois la possibilité de convertir son obligations en actions d’une autre entreprise que possède l’entreprise émettrice de l’échangeable. En clair, si l’entreprise A, possédant des actions d’une entreprise B, émet une obligation échangeable (elle reçoit donc une somme d’argent qu’elle doit rembourser avec intérêts à l’échéance), celui qui l’achète a la possibilité d’échanger son échangeable contre les actions de l’entreprise B, possédées par l’entreprise A.

Il existe une autre variante : l’échangeable inverse  ; dans ce cas, ce n’est plus le porteur de l’obligation (celui qui l’achète) qui possède une option d’échange, mais bien l’émetteur, qui peut décider s’il remboursera son emprunt en espèce (somme empruntée + intérêts) ou en actions. S’il décide d’utiliser son option, l’émetteur (donc l’entreprise se finançant par un emprunt) livrera donc une certaine quantité de ses actions, plutôt que de rembourser la somme prêtée avec intérêts.

Evidemment, toutes ces variantes de financement seront utilisées selon les stratégies de financement choisies par les différents investisseurs ; autrement dit, c’est la trésorerie d’une entreprise qui va décider de sa stratégie de financement. Selon le type d’investissement qu’elle désire opérer et selon les différents avantages et inconvénients que proposent les différentes formes de financement décrites ci-dessus, une entreprise va ainsi faire son choix et opter pour la forme de financement qu’elle juge la plus efficace pour elle.

 INFLUENCE DU MARCHE SUR L’ECONOMIE REELLE :

Très concrètement, un PDG (ou plutôt son bras droit spécialisé en communication financière) se retrouve face (c’est ce qu’on appelle le " one to one ") à un analyste financier ou à un gestionnaire de portefeuille – N.B. : un portefeuille est un ensemble d’investissements boursiers opérés par un gestionnaire de Fonds ; ainsi, un portefeuille comportera des actions, des obligations ou tout autre actif financier que nous verrons plus tard, comme les options, etc …- et doit lui expliquer sa stratégie, afin que l’analyste, de retour devant écrans et téléphones, rédige les mémos et donne à ses clients les conseils qui feront qu’ils achèteront ou non le titre de la société du PDG en question.

Comment doper le cours de son entreprise pour un PDG ? En présentant une stratégie claire et des structures lisibles assurant pour les actionnaires un retour (" return ") sur leur investissement (c’est-à-dire des dividendes, des bénéfices). En clair, les critères assurant un tel retour sont aux yeux des analystes la taille (mondialisation oblige, il faut du gros et donc de la croissance externe, c’est-à-dire des fusions-acquisitions), le recentrage (un seul secteur et pas de diversification, adulée dans les années 80 et aujourd’hui bannie -cf. crise asiatique), la rentabilité (12 à 15%, rien de moins, si c’est 7%, rien à faire, il faut une réduction des coûts, c’est-à-dire des licenciements massifs), la rapidité (l’horizon de " return " est de maximum 2 ans, d’où l’impossibilité d’investissement à long terme par ce biais), la transparence (délimitation claire et précise des différents organes décisionnels de l’entreprise, donc pas de conglomérat, car en période d’euro, les seules comparaisons valables entre les différents pays de l’Union européenne sont sectorielles) et l’information (rapports semestriels précis sur la stratégie de création de " valeurs ", c’est-à-dire de " return ").

Il existe aussi les " Road Shows ", où c’est la direction d’une entreprise qui se rend elle-même à l’étranger pour se faire connaître auprès des analystes, des fonds de placement et des investisseurs les plus influents. Les investisseurs sont plus généralistes : les intérêts diffèrent légèrement de ceux d’un FDP (fonds de pension), plus centré sur les valeurs pétrolières par exemple . Ensuite, des " perception surveys " (des enquêtes de satisfaction) sont mises sur pied par l’entreprise pour qu’elle puisse évaluer si elle a été assez convaincante. Les chiffres sont de plus en plus précis (chiffre d’affaires par région et par secteur, résultat par secteur, performance par action, …) et les comptables sont de plus en plus sollicités, vu que les analystes se sont habitués à une telle précision !

Retraçons les rapports clairement pour éviter toute confusion : l’analyste financier travaille pour une Banque d’affaires (Merrill Lynch, Morgan Stanley, …) et est chargé de transmettre aux gestionnaires de Fonds des informations précises sur la stratégie des entreprises (c’est-à-dire leur potentiel de rentabilité d’au moins 12 à 15%), pour que ceux-ci décident de leurs ordres d’achats et de ventes. Les analystes financiers n’ont parfois pas trente ans et ont un pouvoir indirect certain de par leur lien avec les gestionnaires de Fonds. En effet, les Fonds ont parfois un tel poids financier qu’ils peuvent directement influencer le cours d’une action sur des marchés de taille réduite (comme la Bourse de Bruxelles, par exemple), ceci sur base des conseils des analystes financiers. De plus, le passage à l’économie de marchés financiers implique que les entreprises sont sensibles aux exigences des actionnaires . Or, les analystes sont les intermédiaires entre les deux parties. En outre, nombreux sont les PDG qui sont actionnaires de leur entreprise et ils sont donc sensibles à la rémunération de leurs titres (surtout depuis le développement des stock-options, ce système par lequel les cadres d’une entreprise reçoivent une option d’achat à terme sur un lot d’actions de cette entreprise, leur permettant ainsi une augmentation sensible de salaire en cas de hausse de la cote à terme) .

Enfin, un exemple concret de la fracture s’opérant entre les marchés financiers et la réalité socio-économique : Valujet, compagnie aérienne aux prix cassés (car au personnel minimal) est la coqueluche des analystes jusqu’à ce qu’en 1996, les autorités s’alarment d’un taux d’accident quatorze fois plus important que la moyenne. Les analystes, eux, ne voyaient que la " valeur " qui était incroyable. Aujourd’hui, ValuJet a changé de nom et investit 2 cents de plus sur chaque dollar pour une sécurité accrue et légale. Mais plus personne ne parie sur elle à la Bourse …

 LES PRINCIPALES BOURSES DANS LE MONDE :

En théorie, un pays comprend des Bourses régionales et une place centrale, mais en pratique et suite à la globalisation financière, l’activité boursière de chaque pays a de plus en plus tendance à se concentrer sur l’unique place centrale (New-York, Londres, Francfort, Paris, Tokyo, …), même si certains pays maintiennent une autre place pour leur marché à terme -celui des produits dérivés- (c’est le cas pour les USA avec Chicago, pour le Japon avec Osaka, …) .

·  LA BOURSE DE NEW YORK (USA) : la Bourse nationale américaine est évidemment la plus riche (la plus capitalisée) du monde et la plus représentative (vu le rôle central joué par le dollar dans les transactions internationales) . Elle comporte deux compartiments : le NSYE (New York Stock Exchange), plus connue sous le nom de Wall Street et la Nasdaq . Le NYSE (Wall Street) a été créé en 1792 et cote les plus grosses entreprises américaines (Exxon, Coca Cola, IBM, General Motors, etc …) . Les conditions d’entrée à la NYSE sont précises et recouvrent les bénéfices de l’entreprise, le nombre d’actifs (d’actions) diffusés publiquement et la taille (la valeur) des actifs détenus . La NSYE ne possède qu’un marché au comptant (le marché à terme américain est situé à Chicago), mais on peut y agir à découvert (c’est-à-dire en s’endettant) en empruntant aux courtiers des capitaux, sous la condition de payer des intérêts et de verser un dépôt . La Nasdaq est quant à elle née en 1971, elle ne possèdent pas de critères d’entrée stricts (frais à payer réduits, conditions d’admission larges), elle est entièrement électronique (elle ne se retrouve donc pas envahie par de bruyants courtiers, comme c’est la coutume dans ce genre d’endroits) et prend surtout la forme de la Bourse américaine permettant l’entrée dans l’économie de marché financier des nouvelles entreprises américaines à forte croissance. Des entreprises comme Compaq ou Microsoft y sont cotées, ce qui illustre le développement fulgurant de cette Bourse : elle est en effet le marché rassemblant le plus de valeurs cotées au monde (pour information, l’équivalent européen de la Nasdaq est l’Easdaq).

On trouve aussi à New-York l’AMEX (American Exchange), la plus vieille des trois, ayant le même fonctionnement que Wall-Street, mais avec des conditions d’entrée moins lourdes financièrement . Son activité est en diminution depuis plusieurs années, son potentiel ayant été accaparé par l’électronique de la Nasdaq .

Enfin, le marché américain à terme (celui des produits dérivés) est situé à Chicago.

·  LA BOURSE DE LONDRES (G.B.) : Londres, en se spécialisant dans les valeurs étrangères et en profitant de la multiplication des euro-dollars (les dollars apatrides créés à l’origine par les communistes), est devenue le véritable centre financier mondial . C’est ainsi sur son International Equity Market que s’échangent les valeurs étrangères attirées par le fait que le marché britannique ne présente aucune fiscalité pour les transactions qu’elle abrite (aucun impôt de Bourse n’y est demandé) . Le London Stock Exchange recouvre aussi le Marché Officiel (marché à terme réunissant les pointures d’Outre-Manche comme Shell ou Guinness) et l’Alternative Investment Market, sorte de Nasdaq anglaise favorisant l’entrée en Bourse d’entreprises de taille moyenne à fortes croissance (par des conditions d’admission bien moins contraignantes que celles du Marché Officiel, où le coût d’entrée est par exemple plus élevé). L’Investment Market a été créé en 1995 pour remplacer l’Unlisted Stock Market (créé en 1980) .

·  LA BOURSE DE FRANCFORT (Allemagne) : c’est le véritable centre d’un marché boursier allemand organisé selon une logique fédérale propre à la culture institutionnelle du pays (on trouve des Bourses régionales à Berlin, Brême, Hanovre, Munich, …) . L’apparition de l’Euro et l’établissement de la BCE à Francfort a évidemment comme conséquence de renforcer la Bourse de Francfort au cœur de l’Euroland .

·  LA BOURSE DE PARIS (France) : la France ayant une tradition centralisatrice et des entreprises importantes ayant toutes leur siège social à Paris, tout se passe dans la capitale française, troisième place européenne en terme de capitalisation (derrière Londres et les Places allemandes) . La Bourse de Paris se distingue surtout en matière de SICAV, de Fonds Communs de Placement et de produits dérivés (sur le MATIF surtout) .

·  LA BOURSE DE TOKYO (Japon) : Tokyo abrite le marché au comptant japonais et Osaka le marché à terme . Le Japon faisait office de miracle capitaliste avant peu, vu que Tokyo et Osaka se trouvaient encore au milieu des années 90 respectivement au 2ème et 3ème rang mondial en matière de capitalisation - derrière Wall Street - . Depuis, les capitaux ont eu la bougeotte et le gouvernement japonais vient encore de débourser plus de 50 milliards de dollars US pour sauver son système financier, ce qui fait trembler l’ensemble du système financier mondial, vu que le Japon est le premier créancier des USA . Bien que les « experts » parient sur une résurrection nippone, on peut aussi argumenter la remontée des cours japonais par le fait qu’ils ne pouvaient plus tomber plus bas, sous peine de crise généralisée .

·  LE PROJET DE GRANDE BOURSE EUROPENNE : l’avènement de la monnaie unique européenne devrait correspondre à la création d’une grande bourse européenne, reliant les capitales financières et présentant des titres homogènes. Ce projet pourrait voir le jour dès 2002.

B- LE MARCHE MONETAIRE  :

A côté du marché de capitaux à long terme (la Bourse des actions et des obligations), on trouve le marché des capitaux à court et moyen terme ( le marché monétaire et le marché des changes) .

Le marché monétaire est, comme son nom l’indique, le marché sur lequel se négocie la monnaie nationale, c’est-à-dire que c’est vers ce marché que l’on va se tourner pour négocier les problèmes liés à la quantité de monnaie . On va donc y retrouver la Banque Centrale (organisme national chargé de gérer la monnaie de l’Etat), les banques (chargées des prêts pour les investissements), les établissements de crédit, etc …qui vont s’échanger titres et monnaie, afin de pouvoir prêter les liquidités nécessaires pour l’économie (rôle de la banque, de l’établissement de crédit, …) et de contrôler l’inflation (rôle de la Banque Centrale) .

En clair, c’est tout le système du marché monétaire qui va déterminer l’évolution du crédit (et donc l’investissement dans ce pays, vu que sans crédit liquide, l’économie réelle serait paralysée) et de la masse monétaire dans un pays (et donc de l’inflation, c’est-à-dire de la valeur de la monnaie, du pouvoir d’achat et donc des bénéfices réels).

Le marché monétaire est composé du Marché interbancaire et du Marché des titres négociables :

-Le marché interbancaire du marché monétaire permet aux banques d’échanger leurs excédents et leurs déficits dans la monnaie centrale nationale. Les acteurs du marché interbancaire sont donc :

d’une part, la Banque Centrale du pays, chargée de gérer la masse d’argent en circulation, afin que celle-ci corresponde aux besoins de l’économie réelle (il faut qu’elle détermine la valeur des biens et services disponibles et qu’elle évite toute inflation, c’est-à-dire toute flambée des prix due au fait qu’il y a trop d’argent en circulation par rapport à la valeur des biens et services – comme pour tout produit , moins l’argent est rare, moins il prend de valeur) . D’autre part, les banques viennent y chercher l’argent national nécessaire à leurs opérations de crédit . En clair, sur le marché interbancaire vont se rencontrer les banques avides de liquides pour leurs crédits (elles tenteront d’en avoir le plus possible, vu qu’un crédit rapporte des intérêts) et les banques centrales nationales chargées de stabiliser la masse monétaire nationale (c’est-à-dire de s’assurer qu’elle n’octroie pas trop de liquide par rapport à la réalité des besoins économiques en biens et en services) .

Ainsi, on dit que le marché interbancaire est réservé aux établissements de crédits sollicitant des prises de pension et répondant à des appels d’offre .

Un appel d’offre fonctionne comme suit : la Banque Centrale d’un pays met de la monnaie nationale en circulation à un taux d’intérêt qu’elle a fixé (=appel d’offre), après que les banques aient proposé un taux d’intérêt et la quantité de monnaie qu’elles emprunteraient sous un tel taux . A l’arrivée, seule les banques ayant proposé un taux d’intérêt plus bas que l’appel d’offre ne sont pas servies en monnaie, les autres reçoivent la quantité qu’elles voulaient .

Une prise de pension désigne quant à elle l’initiative d’une banque d’emprunter à très court terme (parfois moins de 24 heures) à un taux supérieur à l’appel d’offre .

L’intervention de la Banque Centrale se fait toujours en échange de certificats de trésorerie, c’est-à-dire d’un document assurant la Banque Centrale de la solvabilité de la banque venant emprunter de l’argent pour ses opérations de crédit (le certificat de trésorerie fait donc office de preuve de confiance pour la Banque Centrale envers la banque ou tout autre établissement de crédit, devant rembourser ce crédit avec intérêts à la clé) .

-Le marché des titres négociables : cette seconde entité du marché monétaire abrite l’offre et la demande de fonds à court et moyen terme . Cette demande et cette offre, si elle est en théorie ouverte à tous, l’est en pratique beaucoup moins, vu qu’un titre sur le marché monétaire a un prix bien trop élevé pour un particulier (1 million de francs français minimum pour un titre) . Ces titres sont émis soit par une banque (ou tout autre établissement de crédit et institution financière), soit par une entreprise, soit par le Trésor . Ils ont pour but de permettre crédits, emprunts et gestion de la masse monétaire . Ces titres prennent une forme comparable à celle d’obligations à court terme (les taux d’intérêt jouent donc un rôle central dans leur valorisation) . Enfin, tous ces titres doivent être certifiés avant d’être émis sur le marché des titres négociables, c’est-à-dire que la Banque Centrale ou un Organisme agréé va devoir s’assurer qu’ils sont conformes et peuvent ainsi être négociés sur ce marché (pour les émetteurs de titres « réputés », c’est-à-dire de confiance, cette certification est automatique) .

Quels sont ces titres ? Il existe trois grands types de titres monétaires :

·  les Certificats de dépôt, émis par les banques (et les établissement de crédit) à des taux d’intérêt soit fixes, soit variables, dans le but de couvrir leurs besoins de liquidité (pour pouvoir octroyer des crédits). En clair, une banque va émettre un Certificat de dépôt et le vendre à la Banque Centrale en échange de liquide en monnaie nationale (nécessaire à une opération de prêt pour une entreprise par exemple) . En échange, la banque devra payer des intérêts (fixes ou variables) à la Banque Centrale . Tous ces crédits sont relevés dans des comptes spéciaux et sont plafonnés (c’est-à-dire que la banque ne pourra pas vendre ses certificats comme cela lui chante, vu que cela entraînerait une masse monétaire trop importante par rapport aux biens et services réels, c’est-à-dire de l’inflation) . Ces crédits sont appelés « avance sur nantissement », l’avance étant le crédit et le nantissement étant le certificat .

·  Les Billets de trésorerie sont émis par les entreprises à des taux fixes (ce qui leur permet d’éviter l’intermédiaire des banques et donc des frais de financement supplémentaires) à un prix minimum de 1 million de FRF. Si en théorie ces titres sont émis entre 10 jours et 7 ans, la réalité pratique est plus uniforme, vu que la durée d’un Billet ne dépasse jamais quelques semaines . Ainsi, une entreprise va par exemple émettre un Billet de trésorerie et le vendre à un Fonds, en échange duquel ce Fonds va devoir verser la somme correspondant au Billet . Deux jours plus tard par exemple, l’entreprise a su utiliser cette somme pour ses investissements et remboursent les intérêts pour ce prêt (sous forme de Billet de trésorerie, et plus sous forme de crédit bancaire comme pour l’économie d’endettement) . Autre exemple : une banque a besoin de liquide (de monnaie) ; elle émet un Billet de trésorerie et le vend à une autre banque à 18h00, avec remise d’un certificat (preuve de confiance), en échange du liquide (crédit) désiré . Le lendemain à 7h00, la banque émettrice paye les intérêts (fixés par le marché) . Entre temps, elle a pu prêter elle-même cette somme à une troisième banque demandeuse de monnaie (et donc toucher à son tour des intérêts).

·  Les Bons négociables ou Bons du Trésor, émis par le Trésor (c’est-à-dire l’administration qui gère la dette de l’Etat) vers les investisseurs institutionnels (Banques, Fonds de pension, etc…dont le poids capitalistique est suffisamment élevé que pour leur permettre de souscrire de tels Bons, dont la valeur est de 1 million de FRF minimum) . C’est par l’émission de ces Bons que l’Etat assure son refinancement à court terme (entre 20 à 40% de la dette française sont ainsi continuellement placés entre les mains des Fonds de pension anglo-saxons) . On trouve des Bons à taux fixe, à taux annuel, à taux variables (uniquement pour les banques), etc …

En pratique, le Trésor va émettre ces Bons du Trésor (selon le même procédé que pour une obligation) qui vont être acquis par les banques. Lorsque la Banque Centrale voudra augmenter la masse monétaire (la quantité d’argent-papier national en circulation), elle va racheter des Bons du Trésor ; du coup, de la monnaie est transférée de la Banque Centrale aux banques, qui en échange perdent leur(s) Bon(s) de Trésor . A contrario, lorsque la Banque Centrale voudra diminuer la masse monétaire (pour contenir l’inflation), elle va vendre des Bons de Trésor et donc recevoir de l’argent en circulation dans le système bancaire en échange de ces Bons . La Banque Centrale va ainsi opérer de la sorte afin de s’assurer qu’il n’y a pas plus d’argent en circulation que de biens et services (c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’inflation) : elle va jouer avec ce système de vente/achat de Bons de Trésor pour contrôler la masse monétaire .

Par exemple, la Banque d’Angleterre publie deux fois par jour son intention d’intervenir dans ce marché (à l’ouverture et à 14h00) .

Pour information sur l’importance prise par ce marché, le marché américain des titres négociables, appelé « Fed Funds », est devenu aussi important que le marché des changes (il fait un volume quotidien de plus de 1.200 milliards USD) . 

Enfin, le marché monétaire étant un marché national (c’est-à-dire que les titres émis le sont dans la monnaie du pays où la transaction a lieu), c’est la Banque Centrale du pays en question qui le régule .

Le rôle de la Banque Centrale : la Banque Centrale d’un pays est l’institution chargée de la politique monétaire nationale, en contrôlant notamment la quantité de monnaie chartale (matérielle, en papier) en circulation . Elle assure ainsi la liquidité de l’économie (monnaie et crédit) tout en assurant la stabilité des prix (lutte contre l’inflation, c’est-à-dire un volume de monnaie supérieur aux besoins de liquidité de l’économie : la Banque Centrale va manipuler la quantité de monnaie en circulation pour que celle-ci corresponde à l’ensemble des biens et des services dans le pays) . Ceci toujours selon le principe d’argent contre certificat (prouvant la conformité des opérations).

La première arme utilisée contre la spéculation par la Banque Centrale d’un pays est celle des taux d’intérêt à court terme (les taux d’intérêt à long terme étant quant à eux aux mains du marché – cfr. plus loin « Le Marché des taux d’intérêt »), ceci à un double niveau :

·  Pour empêcher les banques de solliciter un refinancement en période inflationniste (c’est-à-dire d’augmenter la quantité de monnaie nationale en circulation alors que l’activité économique réelle ne le demande pas, ce qui rend l’argent moins rare et donc moins cher), la Banque Centrale va augmenter les taux d’intérêt à court terme, pour que les banques hésitent à emprunter de la monnaie (vu que cet emprunt devient plus cher par le fait que les taux d’intérêt ont augmenté) . Vu que les banques sont quasi constamment endettées auprès de la Banque Centrale, celle-ci est assez libre en matière de fixation des taux à court terme .

·  Pour défendre la valeur de la monnaie, c’est-à-dire éviter que les capitaux internationaux libellés dans la monnaie nationale partent voir si les conditions de placement ne sont pas meilleures ailleurs (dans un autre pays), la Banque Centrale va augmenter ses taux d’intérêt pour que ce capital international soit attiré par une rémunération plus importante (permise par des taux plus importants pour le capital placé) .

Reste que lorsqu’un pays se voit obligé de faire grimper ses taux d’intérêt (comme le Mexique en 1994), c’est l’investissement qui en prend un coup (un remboursement de 60% de taux d’intérêt, cela fait en effet plutôt cher l’emprunt) .

La seconde arme utilisée par les Banques Centrales contre les attaques spéculatives est la diffusion d’argent frais dans le système financier national, lorsque celui-ci est menacé par la fuite massive des capitaux ; la Banque Centrale va ainsi tenter de pallier cette fuite de capitaux par l’injection de ses réserves en devise nationale . Cependant, l’ensemble des réserves des Banques Centrales du monde (+ou- 1200 milliards de dollars) est inférieur à l’ensemble des capitaux privés en circulation sur les marchés financiers, d’où un problème de poids financier des Etats en cas d’attaque spéculative sur leur monnaie . C’est ainsi très souvent la dévaluation forcée qui est appliquée (c’est-à-dire l’inflation : la valeur de la monnaie baisse suite à la fuite des capitaux, comme dans les années 30 où un allemand devait débourser 1 milliard de Marks pour avoir un pain) .

C- LE MARCHE DES CHANGES :

Le marché des changes est également connu, à côté du marché monétaire, sous l’appellation de marché de capitaux à court et moyen terme (en opposition avec le marché des capitaux à long terme : la Bourse). Il est souvent appelé par son acronyme anglais : FOREX.

Le marché des changes n’est pas localisé matériellement à un endroit précis ; en effet, ce marché prend la forme d’un réseau électronique international (rendu possible par les progrès en communication) fonctionnant continuellement (ceci grâce aux décalages horaires) cinq jours sur sept. Le marché des changes est ainsi un lieu abstrait (informatique) où se rencontrent l’ensemble des offres et des demandes de devises (c’est-à-dire des monnaies étrangères). Le marché des changes n’est donc qu’une interconnection électronique de tables d’arbitrage (une table d’arbitrage est l’endroit où les cambistes travaillent dans une banque) à travers le monde, faisant appel au "provider" attitré qu’est Reuters (télécommunications). Cela ressemble à une liaison permanente comme celle d’Internet, où seuls les affiliés ont accès. Il n’existe donc pas d’endroit unique autre que ce réseau d’ordinateurs spécialisés.

Le marché des changes, sur lequel des sommes astronomiques sont quotidiennement échangées, abrite trois grands types d’intervenants : les banques centrales, les banques et les entreprises multinationales . Il comprend toutes les opérations d’emprunt et de crédit d’une part, de vente et d’achat d’autre part, faisant intervenir les devises ; ainsi, si une entreprise belge importe de Grande-Bretagne, elle aura besoin de Livres Sterling pour payer son achat et devra donc se tourner vers le marché des changes . Parallèlement, si une banque londonienne finance un projet américain, elle se tournera vers le marché des changes pour les dollars dont elle a besoin .

S’il est vrai que le marché des changes est un lieu abstrait informatisé, des séances de cotation sont tout de même organisées au niveau national à la Bourse ou par la Banque Centrale, dans le but d’informer les intervenants ; ces cotations sont soit définies à partir de la monnaie nationale – on parle de « cotation au certain »- (par exemple, en Suisse, les devises du monde entier seront comparées au franc suisse : X euros=1 franc suisse), soit définies à partir de devises étrangères – on parle alors de « cotation à l’incertain »- (par exemple, en Suisse, le franc suisse sera comparé aux devises étrangères : 1 dollar =X francs suisses).

Ces cotations (ces taux de change) sont uniques partout dans le monde (les places financières étant liées grâce aux moyens de communication modernes : les taux de change de chaque banque seront donc déterminés par ces cotations, ce qui l’empêche en théorie de vendre des dollars à un prix différent de la banque voisine), à charge pour les arbitragistes de corriger les éventuelles incohérences (l’euro est à 1,08 dollars US à Paris et à 1,09 à Francfort, l’arbitragiste le remarque et achète à Paris pour revendre à Francfort ; par cette opération, le cours de l’euro grimpe à Paris et baisse à Francfort – le cours grimpe lorsqu’on achète et chute lorsqu’on vend, comme pour les actions, etc …-, alors que l’arbitragiste fait simultanément un bénéfice en achetant l’euro moins cher à Paris qu’il ne le revend à Francfort) .

Quelques banques internationales ‘contrôlent’ ce marché des changes et ces banques sont principalement basées à New York et à Londres (en 1995, 10 opérateurs ont assuré 47% des opérations à New York, 10 intermédiaires ont assuré 40% des transactions à Londres, 6 ont assuré 69% à Paris, etc.). La concentration des donneurs d’ordres est très grande : la moitié des transactions sont ordonnées de Londres et au total, en 1998, Londres, New York, Tokyo, Francfort et Paris concentraient plus de 2/3 des opérations mondiales (8 places concentraient 82% du total des opérations de change mondiales).

Comme pour le marché boursier, le marché des changes se compose d’un marché au comptant et d’un marché à terme .

Le marché des changes au comptant concerne les transactions effectuées immédiatement : les opérations de change manuelles effectuées par les touristes (je vais en vacances à Londres et j’y échange des Livres Sterling contre ma monnaie nationale), mais aussi et surtout les écritures passées entre institutions financières (échange de sommes importantes dans des devises différentes) .

Le marché des changes à terme concerne les opérations conclues aujourd’hui, mais se rapportant à une transaction devant s’opérer à une date fixée le jour du contrat. Par exemple, je dois importer du pétrole d’Angleterre dans 6 mois mais je crains une fluctuation du cours de la Livre ; je vais donc me tourner vers le marché à terme pour décider aujourd’hui d’importer mon pétrole au taux de change actuel. Ainsi, je peux dès aujourd’hui dresser ma comptabilité avec la certitude que même une fluctuation des cours ne précipiteront pas ma perte (vu que si d’ici 6 mois la Livre a grimpé sans que je me sois couvert sur le marché à terme, je devrai payer plus d’euros pour un même prix en Livres) .

Deux grands types de spéculation se retrouvent sur le marché des changes : le premier concerne des opérations d’aller-retour sur des devises à très court terme ; un trader va ainsi vendre ou acheter des devises pour le compte d’une institution financière dans l’unique but de faire un bénéfice rapide grâce à cette opération (par exemple, un trader à l’intuition que l’euro va baisser de 5% dans la semaine et que le dollar restera stable : il vend ses euros contre des dollars et rachète ces mêmes euros lorsque leur cours a baissé ; par cette opération, si l’euro a effectivement baissé de 5% pendant que le dollar est resté stable, il fait un bénéfice de 5%).

Le second type de spéculation sur le marché des changes concerne le gestionnaire de Fonds, anticipant les variations de taux de changes en opérant sur le marché à terme ; par exemple, un spéculateur prévoit que le Yen va se déprécier au cours des 6 prochains mois (le cours du Yen va chuter) et va donc vendre aujourd’hui du Yen sur le marché à terme et s’engager à le racheter à 6 mois au cours actuel – de 125 Yen pour 1 dollar, par exemple- (ce type d’opération, rendu possible par l’achat de produits dérivés -futures, option de vente ou put, etc…-, consiste à décider aujourd’hui des conditions d’une transaction devant se dérouler à terme – dans 6 mois en l’occurrence - ; en clair, le spéculateur va s’engager à racheter le Yen dans 6 mois au cours d’aujourd’hui – soit 125 Yen pour 1 dollar dans notre exemple) . A l’échéance (après 6 mois), si le cours du Yen a effectivement baissé (il s’est par exemple déprécié à 150, ce qui signifie qu’il faut 150 Yen pour avoir 1 dollar et plus uniquement 125 Yen), le spéculateur encaisse une plus-value, vu qu’il va racheter le Yen à 150 au lieu de 125 et donc empocher 20% de bénéfices à chaque Yen racheté (en effet, en achetant le Yen à 150, alors qu’il doit les restituer à 125, le spéculateur va toucher 25 Yen en plus par dollar déboursé).

Les opérateurs sur le marché des changes se basent sur ce que l’on appelle « les fondamentaux » : ceux-ci se composent d’information diverses sur l’état de santé économique du pays en question (inflation, balance commerciale, dette publique, …). Mais les comportement sont aussi conditionnés par des informations plus psychologiques (le dollar a par exemple chuté durant l’affaire Lewinski) ou même par simple réflexe de mimétisme (c’est l’effet moutonnier qui poussera par exemple une multitude de gestionnaires à suivre le comportement d’un investisseur réputé, comme Soros par exemple).

Il existe trois grands régimes de change : primo, le régime de changes fixes (ou régime de parités fixes) qui est un régime par lequel les autorités monétaires (les Banques Centrales) déterminent une parité (c’est-à-dire un taux de change de référence, une fourchette que le cours ne peut transgresser aussi bien par le haut que par le bas) par rapport à un étalon (l’or, le dollar, l’écu,…) . Dans un tel régime, les autorités monétaires (banques centrales) agissent pour que le taux de change reste conforme à la fourchette tolérée – par exemple : 5% par le haut et 5% par le bas - par rapport à l’étalon de référence . Par exemple, le Système Monétaire International était jusqu’aux Accords de Jamaïque (1976) attaché à l’étalon-or, le Système Monétaire Européen était quant à lui attaché à l’Ecu, etc … Un tel régime de change fixe (comme celui qui fut d’application jusqu’en 1971 avec les Accords de Bretton Woods) peut cependant être brisé par des attaques spéculatives massives (la dévaluation peut ainsi dépasser les limites de la fourchette – s’éloigner des 5% tolérés dans notre exemple - suite à l’impuissance des autorités monétaires face à des déplacements trop importants de capitaux ; les réserves de la Banque Centrale – le stock d’argent liquide du ou des pays attaqué(s)- sont dans ce cas insuffisantes pour combler la fuite des capitaux spéculatifs et c’est la dévaluation de la monnaie–les traders vendent une ou des monnaies en masse).

Secundo, il existe le régime de changes flottants, régime selon lequel les autorités monétaires n’interviennent plus et laissent donc le cours des monnaies flotter selon le bon vouloir du marché (c’est-à-dire des traders achetant et vendant les devises, cette confrontation d’offre et de demande impliquant soit une appréciation d’une monnaie – elle devient plus forte ou moins forte, selon qu’elle est achetée ou vendue sur le marché des changes). C’est ce régime qui est actuellement d’application, depuis que Bretton Woods a volé en éclats. Dans le jargon monétaire, on appelle ce régime "dirty floating". Le flottant pur n’existe cependant qu’en théorie, car l’expérience nous a appris qu’un tel régime de marché autorégulé est en pratique un mythe, puisqu’en cas d’attaque spéculative sur une monnaie, la Banque Centrale de la monnaie concernée finit toujours par intervenir pour tenter de sauver ce qui peut l’être.

Enfin, tertio, il existe la combinaison des deux régimes : le "crawling peg" ; l’autorité fixe une parité (une fourchette à ne pas transgresser par le bas ni par le haut) vis-à-vis d’une monnaie ou d’un panier de monnaies (l’étalon de référence), mais cette parité vaut cette fois pour une durée déterminée, six mois par exemple, après quoi la parité (la fourchette) est révisée et évolue donc dans un sens, très lentement. Ce système est en vigueur en Afrique du Sud et en Israël par exemple .

C’est sur ce marché des changes que James Tobin, prix Nobel d’économie, a proposé de taxer les transactions (chaque transaction étant taxée à 0,25%). Entre 1500 et 1800 milliards de dollars circulent quotidiennement sur ce marché des changes. Plus de 90% des opérations y sont purement spéculatives (c’est-à-dire non destinées à des investissements productifs). Il est en outre estimé que 80% des opérations sur le marché des changes correspondent à une durée inférieure à quatre ou cinq jours (beaucoup correspondant à une durée encore plus courte, parfois quelques heures). Tobin vise ainsi à réduire les profits des spéculateurs à court terme, sans toucher les opérations à plus long terme liées au commerce international. Une telle taxe nécessite, pour qu’elle soit efficace, certains aménagements simultanés, comme la prise en compte des contrats sur différence.

En effet, dans le marché des changes, les banques poussent actuellement à la mise en place de contrats sur différences, qui impliquent qu’au lieu de régler les montants bruts, on ne règle que les montants nets, les soldes. Ainsi, si une banque doit acheter pour un client A 1 million de dollars et en vendre 800.000 pour un client B, elle conclura un contrat sur différence (donc 200.000) avec son correspondant sur le marché des changes. Du point de vue des transactions, seuls 200.000 seront alors taxables ! On comprend aussi que ce genre de contrats permet aux intéressés de réduire sensiblement la valeur des transactions sans en fait réduire le volume effectif des échanges, donc sans réduire la spéculation. Si on préconise de taxer la valeur brute, une banque devant acheter 100 millions et vendre 99,8 millions, de sorte que la différence ne fasse que 200.000, aura tôt fait de prétendre qu’elle ne doit acheter que 1 million et vendre 800.000, et opérer de telle sorte que les 99 millions subsistants s’équilibrent sans transaction, donc sans taxe. Il convient donc d’accentuer la transparence sur les transactions pour empêcher ce type de fraude en cas de mise en place d’une taxe Tobin.

L’interconnexion du marché des changes est assurée par SWIFT, société internationale sise à Bruxelles. Toutes les banques commerciales agissant dans le marché des changes ont un compte auprès de la SWIFT. Quand elles opèrent, elles communiquent leur opération à la SWIFT qui la comptabilise sur les comptes des banques impliquées (les devises restent en fait dans leur pays d’origine). Donc quand la BBL vend des dollars contre de l’euro à, disons, la Dresdner Bank, les deux banques confirment leur opération auprès de la SWIFT et leurs comptes USD et EUR sont dûment ajustés. Chez la SWIFT, on verra donc le crédit dollar de la BBL diminuer et son crédit EUR augmenter de la contre-valeur et l’inverse pour les comptes de la Dresdner. Simultanément, la SWIFT aura signalé à son correspondant attitré de dollar que l’avoir de la BBL s’est réduit en faveur de la Dresdner et auprès du correspondant en EUR le mouvement inverse. La présence de la SWIFT garantit, à un degré élevé, la solvabilité de l’institution financière opérant dans le marché. En effet, elle ne peut y agir que si son compte "géré" par la SWIFT dispose des montants requis. Quand on réalise des opérations de changes, on constate ainsi sur son bordereau un numéro particulièrement long derrière la référence SWIFT. La faisabilité technique d’une taxe de type Tobin est évidemment facilité par cette situation de centralisation de l’interconnexion internationale des changes, puisque tout est automatisé, centralisé et ‘imprimé’.

Enfin, un contrôle des changes peut être décidé par un Etat selon différents critères ; par exemple, le double marché des changes, appliqué en Belgique jusqu’en 1990 (date depuis laquelle les mouvements de capitaux à l’intérieur de l’Union européenne se font en toute liberté), contrôlait le marché des changes selon le critère de l’opération : si l’opération était spéculative, elle avait lieu dans un marché libre de tout contrôle . Par contre, si elle émanait d’un échange de biens et de services, elle se déroulait dans un marché de change parallèle (le marché réglementé) et contrôlé par la Banque Centrale belge (et donc présentant une instabilité moindre - des écarts de plus de 10% ont été enregistrés entre les deux marchés -, ce qui permet aux entreprises des investissements moins risqués) .

Un autre exemple de contrôle des changes selon un critère différent (celui de la nature des agents –résidents ou non) est celui de la Suisse ; en effet, durant les années 70, des flux importants de capitaux arrivaient en Suisse, d’où une appréciation du Franc Suisse, en totale contradiction avec ses activités touristiques (plus une monnaie s’apprécie et plus elle devient chère pour un touriste étranger) et exportatrices (une entreprise suisse exportant avec une monnaie trop forte y perd, vu que si sa monnaie vaut 10 francs par rapport à la monnaie de l’acheteur de son produit –un américain par exemple, donc par rapport au dollar -, il recevra pour une vente de 1000 dollars l’équivalent de 10 000 francs, alors que si la monnaie de l’exportateur s’apprécie – il ne faut plus que 5 francs pour avoir 1 dollar, par exemple -, la même vente de 1000 dollars ne lui rapportera plus que 5000 francs) . Face à ce problème, la Banque Centrale suisse décida de mettre en application des taux d’intérêt négatifs pour les non-résidents, ceci afin de faire fuir les capitaux étrangers responsables du problème (ce qui, pour la petite histoire, fut un échec, les spéculateurs se rabattant sur l’immobilier et les terrains suisses) .

D- LE MARCHE DES TAUX D’INTERET :

Il convient de bien distinguer les taux d’intérêt à court terme, qui sont contrôlés par les Banques Centrales (cfr. ci-dessus : le marché monétaire), des taux d’intérêt à long terme, qui sont eux aux mains du marché et constituent donc ce qu’on appelle le marché des taux d’intérêt .

 Les taux d’intérêt à court terme

Il existe deux grands types de taux d’intérêt à court terme : les taux directeurs, qui sont les taux spécialisés déterminés unilatéralement par la Banque Centrale d’un pays, et les taux monétaires, qui sont déterminés par l’offre et la demande sur le marché monétaire.

1.  Les Taux directeurs : la Banque Centrale est l’institution de dernier recours du système bancaire national, c’est-à-dire que lorsqu’une banque sollicite la Banque Centrale pour recevoir de l’argent liquide pour ses activités, cette Banque Centrale détermine un taux directeur que la banque se doit d’accepter .

Il existe ainsi plusieurs types de facilités octroyées par la Banque Centrale et déterminées par les taux directeurs que celle-ci a déterminés ; parmi ces facilités, qui diffèrent d’un pays à l’autre, on retrouve entre autres :

·  les avances sur nantissement, pour lesquelles la Banque Centrale appliquera son taux directeur ayant trait aux avances sur nantissement : c’est un crédit (un prêt) que la Banque Centrale concède à une banque après que celle-ci ait remis un certificat de garantie (un bon du trésor par exemple) et plafonné selon l’importance de la banque (plus la banque est importante et plus on lui accordera de crédit, vu que cette banque remboursera à coup sûr la somme prêtée avec intérêts). Si la banque excède le plafond déterminé par la Banque Centrale, le taux d’avances sur nantissement est majoré d’une pénalité et le crédit octroyé présente donc un taux accru ;

·  les lignes de crédit, pour lesquelles la Banque Centrale appliquera son taux directeur appelé Taux Lombard (appliqué en Allemagne par exemple) : lorsqu’une banque se tourne vers la Banque Centrale pour obtenir de l’argent frais, la somme du crédit est plafonnée par la Banque Centrale, soit par montant moyen (la banque ne peut obtenir plus d’argent frais que ce montant moyen), soit par montant absolu (la banque ne peut obtenir plus d’argent frais que ce montant absolu), soit par un mixage entre le système par montant moyen et le système par montant absolu. En clair, tout comme un petit épargnant ne peut dépasser une certaine somme empruntée sur son compte courant - c’est ce qu’on appelle communément aller dans le "rouge" et ce plafond dépend en général de la régularité des revenus déposés en banque par cet épargnant – une banque voit sa ligne de crédit plafonnée par la Banque Centrale. Si la banque dépasse ce plafond (c’est-à-dire que la banque emprunte plus d’argent frais que ce que la Banque Centrale a décidé), elle doit payer un surplus d’intérêt. Le dépassement est en outre lui-même souvent plafonné ;

·  les lignes de réescomptes, pour lesquelles la Banque Centrale appliquera son Taux d’escompte  : c’est un crédit (un prêt) que la Banque Centrale concède à une banque après que celle-ci ait remis un papier escomptable (une lettre de change par exemple) et plafonné selon l’importance de la banque. Le Taux directeur appliqué pour une ligne de réescompte est un Taux d’escompte, c’est-à-dire que le taux doit être payé par la banque à l’origine - plutôt que l’ajouter au remboursement on le soustrait immédiatement du montant prêté (donc, pour une ligne de 1000 euros à un taux d’escompte de 10%, la banque ne reçoit que 90% de la somme prêtée, soit 900 euros) ;

·  Les banques peuvent aussi obtenir leur crédit par des repos (repurchase agreements), c’est-à-dire du crédit en réméré : les banques s’engagent fermement à rembourser à une date précise le crédit obtenu selon des conditions définies. Cette dernière facilité est la plus en vogue depuis la dernière décennie. Ce type de crédit n’est pas assujetti à un plafond. La banque qui emprunte une somme d’argent livre la garantie (bons du trésor en général) à la Banque Centrale qui fournit le crédit, le taux est convenu (selon la loi du marché) et la banque s’engage à restituer à l’échéance du contrat l’argent avec intérêts, contre restitution de la garantie (du Bon du Trésor) par la Banque Centrale. La banque emprunteuse reste donc propriétaire de la garantie durant le contrat, la Banque Centrale en ayant en quelque sorte l’usufruit (c’est-à-dire le droit de profiter des fruits d’un bien appartenant à quelqu’un d’autre).

Chaque Banque Centrale a ainsi sa panoplie de facilités et pour chaque facilité, il existe un taux adéquat, parfois plusieurs selon qu’on se trouve en dessous ou au-dessus des plafonds. Tous ces taux sont appelés "directeurs", parce qu’ils déterminent indirectement l’échelle des taux qu’appliqueront à leur tour les banques et le marché.

Pour rappel : les Banques Centrales utilisent aussi ces taux directeurs en cas d’attaque spéculative sur leur monnaie (c’est-à-dire de fuite de capitaux) et donc d’inflation (moins les investisseurs souscrivent de Bons du Trésor et moins ils apportent de capitaux à un pays ; donc, plus la Banque Centrale du pays concerné devra injecter de la monnaie nationale pour assurer l’équilibre monnaie - biens et services et moins la monnaie aura de valeur : c’est ce qu’on appelle l’inflation) . Ainsi, la Banque Centrale d’un pays menacé par la fuite massive de capitaux augmentera ces taux directeurs à court terme en espérant rendre plus attractif le loyer de l’argent dans ses frontières et ainsi conserver les capitaux menaçant de fuir . Mais une telle mesure a souvent des conséquences terribles, car l’investissement devient impossible (l’emprunt à 40% n’est en effet guère rentable, on en conviendra tous aisément) .

Soulignons pour terminer que les taux directeurs ne sont qu’une partie de la panoplie employée par la Banque Centrale. Leur utilisation va normalement de pair avec l’instauration d’autres mesures pour en augmenter l’efficacité (tout dépend comment l’attaque contre la devise s’effectue : s’il y a spéculation à partir de l’intérieur du pays et sous la forme de prise de crédit, l’intervention visera à renchérir ce crédit ou à empêcher sa prise à cette fin. Si l’attaque vient de l’extérieur, l’intervention sera ciblée sur la liberté d’entrée et de sortie de capitaux - des mesures de balance de paiements. Et ainsi de suite …) ; les taux directeurs, s’ils sont efficaces, ont ainsi pour seul but d’influencer dans le bon sens (c’est-à-dire le sens voulu par la Banque Centrale) les taux courts et longs du marché, rien de plus. Ce sont donc ces derniers qui priment.

2.  Les Taux courts du marché monétaire : la plupart des produits utilisés par les banques pour obtenir du crédit auprès d’une Banque Centrale sont également négociés dans des marchés spécialisés, dont l’ensemble s’appelle le marché monétaire. Le plus important d’entre eux est celui du repos (qui aux Etats-Unis est aussi important que le marché des changes - 1.500 milliards de dollars quotidiens !). Dans ce marché, les banques pratiquent des repos entre elles et le coût, le taux de ces repos, est formé par la loi de l’offre et de la demande. La Banque Centrale intervient elle aussi dans ce marché, comme contrepartie. Ces interventions font partie de sa politique monétaire et permettent à la Banque Centrale de réguler la masse monétaire. Ces interventions n’entrent pas en ligne de compte avec les facilités octroyées par la Banque Centrale au secteur bancaire. Ainsi, les taux d’intérêt à court terme appelés aussi taux monétaires déterminent un plafond à ne pas dépasser par les banques lors des prises de pension sur le marché monétaire, ainsi qu’un plancher pour les appels d’offre des banques centrales sur le même marché . Pour rappel, ces appels d’offre et ces prises de pension sur le marché interbancaire du marché monétaire servent à l’acquisition de liquidités par les banques envers la Banque Centrale ; cela se déroule comme suit : pour l’appel d’offre, la Banque Centrale d’un pays met de la monnaie nationale en circulation à un taux d’intérêt qu’elle a fixé, mais ne pouvant donc dépasser le plancher déterminé par les taux directeurs (les taux d’intérêt à court terme fixés par les Banques Centrales) ; parallèlement, les banques proposent un taux d’intérêt et la quantité de monnaie qu’elles emprunteraient sous un tel taux . A l’arrivée, seules les banques ayant proposé un taux d’intérêt plus bas que l’appel d’offre ne sont pas servies en monnaie, les autres reçoivent la quantité qu’elles voulaient . Une prise de pension désigne quant à elle l’initiative d’une banque d’emprunter à très court terme (parfois 24 heures) à un taux supérieur à l’appel d’offre, mais donc sans dépasser le plafond déterminé par les taux directeurs

 Les taux d’intérêt à long terme

Les taux d’intérêt à long terme sont aux mains du marché, c’est-à-dire qu’ils obéissent à une logique de confrontation entre l’offre et la demande de placements dans un pays donné . En clair, les intervenants sur les marchés financiers (investisseurs, spéculateurs, Fonds, etc …) mesurent la crédibilité financière de chaque pays et évaluent donc dans quelle monnaie un placement serait le plus avantageux . Plus le placement paraît certain (c’est-à-dire que les intérêts seront bien payés et à temps) et plus les taux à long terme seront bas . En fait, des taux à long terme élevés sont une sorte de prime de risque dédommageant l’investisseur opérant un placement risqué . Ainsi, si par exemple les placements sans risque en euro rapportent moins que ceux en dollar, les investisseurs vont préférer les placements en dollar, d’où une remontée des taux européens (bien que la présence des produits dérivés vienne parfois altérer cette logique).

Notons qu’un placement correspond ici à l’achat (demande) d’un titre sur les marchés financiers, c’est-à-dire non pas d’un dépôt dans une banque, mais bien de l’achat (de la souscription en langage économique) d’une obligation, d’un Bon du Trésor , d’un Billet de trésorerie ou encore d’un certificat de dépôt . Pour rappel, ces types de placements correspondent à l’émission d’un titre par un pays (ou plus précisément par le Trésor, qui est l’administration qui gère la dette d’un pays), une entreprise, etc …qui lorsqu’il est souscrit (acheté) par un intervenant de la Bourse ou du marché monétaire, équivaut à une reconnaissance de dette avec intérêts perçus à la clé . En clair, l’émetteur (Etat, entreprise, …) du titre (obligation, Bon du Trésor, …) reçoit de celui qui le souscrit une somme d’argent, à charge pour cet émetteur de rembourser cette somme à l’échéance du contrat avec intérêts en supplément . C’est pourquoi ces taux à long terme déterminant le rendement des obligations sont appelés taux obligataires .

Evidemment, si l’émetteur est un Etat, plus celui-ci aura la réputation de rembourser sa dette et ses intérêts sans problème et moins le placement sera jugé risqué par les intervenants . Donc, les taux obligataires seront moins élevés (la prime de risque sera moins élevée) . Par contre, si un Etat a la réputation de ne pas payer (parce qu’il est trop endetté et est asphyxié par le cycle infernal de cette dette par exemple – cfr. le moratoire russe d’août 1998, par exemple), ses taux d’intérêt à long terme (ou taux obligataires) seront élevés (le risque de placement étant élevé – le remboursement avec intérêts n’est pas certain -, la prime de risque est logiquement élevée) .

Ainsi, les taux d’intérêt à long terme déterminent les conditions d’emprunt de l’Etat (par l’intermédiaire de l’administration qui gère sa dette : le Trésor) finançant ses emprunts sur les marchés financiers obligataires en émettant des obligations d’Etat (Bons du Trésor) .

Cette logique explique pourquoi les Etats tentent de maintenir une inflation faible . Pour rappel, l’inflation est la valeur de l’argent : si l’inflation passe de 2 à 4%, la valeur de l’argent sera de 2% inférieure . Donc, simultanément, si je possède 10 euros, ces 10 euros vaudront en réalité 2% en moins et mon pouvoir d’achat (la valeur de l’argent que je possède) sera diminué de 2%, sans que la quantité d’argent que je possède ait diminué en apparence (j’ai toujours 10 euros) . C’est évidemment le même principe pour le Fonds ayant versé 1 million contre un Bon du Trésor . 

Mais si les taux obligataires ne concernent que les obligations, les taux à long terme comprennent aussi ceux des emprunts, des hypothèques, des crédits d’investissement, etc... qui peuvent tous différer des taux obligataires.

Dans le panorama européen de l’Union Monétaire (c’est-à-dire du passage à l’euro), le problème des taux d’intérêt à long terme est à mettre en relation avec celui du déficit public (le déficit public est la différence entre les rentrées de l’Etat - les recettes fiscales diverses - et ses dépenses) .

En effet, l’objectif visé par les décideurs européens est d’enclencher grâce à la mise en place de la monnaie unique un cercle vertueux, dont l’origine se trouve précisément dans la réduction des déficits publics (le Pacte de stabilité budgétaire) ayant à priori le don de favoriser la baisse des taux d’intérêt, et donc de relancer ensuite l’investissement, puis l’emploi, entraînant à son tour une augmentation de la consommation, d’où un supplément de recettes fiscales favorisant une nouvelle réduction des déficits publics, et ainsi de suite.

D’où un débat houleux entre deux parties quant au bien fondé du lien unissant à l’origine réduction des déficits et baisse des taux d’intérêt ; en effet, si la thèse retenue par la Commission européenne se base sur le principe selon lequel la montée des déficits publics est à l’origine du niveau élevé des taux d’intérêt réels à long terme, ce principe est contesté par toute une frange d’économistes . C’est même pour eux l’inverse qui est vrai : les déficits publics résultent du haut niveau des taux d’intérêt, car ce haut niveau alourdit la charge de la dette et donc les ressources publiques (puisque une part de celles-ci ne sert en fait qu’à payer les intérêts de la dette) .

Et si le niveau des taux d’intérêt réels est élevé, c’est pour eux par les effets de la libéralisation financière des années 80 engendrées par les créanciers (les prêteurs) qui, en réaction contre la situation des années 70 (dans les années 70, les taux d’intérêt étaient négatifs et à l’époque, mieux valait donc emprunter que prêter puisque les prêteurs voyaient leurs capitaux grignotés), ont fait pression pour préserver leurs rémunérations et pour que les taux d’intérêt intègrent des primes de risque couvrant le coût de l’instabilité des marchés .

S’opposant au point de vue de la Commission européenne, cette thèse affirme que partir d’une analyse fondée - les déficits étaient bel et bien devenus insoutenables - pour aboutir à une extrapolation irrévocable de cette analyse et accuser les déficits publics de tous les maux pourrait se révéler fâcheux pour l’avenir de l’emploi en Europe . Car, par exemple, le financement de l’éducation, de la formation, des infrastructures, etc … est pour eux indispensable à toute politique d’emploi efficace . Or, le Pacte de stabilité budgétaire (interdiction à tout Etat membre de dépasser le seuil de 3% de déficit budgétaire) rend pour eux ce type de financement tout bonnement insuffisant .

 Relation entre les deux types de taux

L’évolution entre taux d’intérêt à court et à long terme est liée. Il est en effet catastrophique pour un pays de voir ses taux courts évoluer différemment de ses taux longs, car dans ce cas les problèmes économiques surgissent.

Ainsi, si la Banque Centrale d’un pays décide d’ajuster ses taux directeurs pour une raison quelconque, lorsque le marché perçoit la mesure et l’accepte - la considère crédible - les taux longs évolueront de concert. Par contre, si le marché perçoit négativement la mesure, les taux longs évolueront en sens inverse (ou de façon chaotique), créant des tensions entre les deux marchés (long et court termes).

Exemple : en Angleterre, les taux courts sont plus élevés que les longs, situation incontrôlable à long terme et compliquant sensiblement la politique monétaire du pays. Confrontée à une recrudescence de l’inflation, la Banque d’Angleterre devrait relever ses taux directeurs (pour attirer la demande et renchérir la valeur de la monnaie). Mais ce faisant, elle propulserait davantage les taux courts vers le haut, accentuant la disparité entre les longs (à la baisse) et les courts (à la hausse).

Or, quand les taux courts excèdent les longs, personne n’investit à long terme, et l’avenir économique du pays est donc hypothéqué. Dans le même temps, l’Angleterre constate un fort recul conjoncturel (on annonce la croissance zéro), ce qui devrait logiquement pousser la Banque d’Angleterre à diminuer ses taux directeurs pour soutenir l’économie (en rendant l’investissement moins cher).

Mais elle risque par ce geste d’accélérer davantage l’inflation (en rendant la monnaie moins intéressante et en n’attirant donc pas la demande, synonyme de renchérissement de la valeur de la monnaie). Le fait que l’échelle des taux anglais soit inversée empêche ainsi la Banque d’Angleterre d’entreprendre toute action décisive. Si l’échelle avait été normale (taux courts inférieurs aux longs), la Banque d’Angleterre aurait pu déterminer le risque majeur et agir en conséquence. Si elle avait par exemple conclut que l’inflation est le danger principal, elle aurait relevé ses taux directeurs, quitte à affaiblir temporairement la conjoncture, mais permettant l’assainissement de la base financière du pays . Ainsi, elle aurait ensuite pu repartir sainement vers une relance de la conjoncture permise par une baisse des taux directeurs (et donc des possibilités d’investissement à moindre frais). Mais elle se trouve face à un dilemme, suite à cette distorsion entre taux longs et taux courts, dictée par les anticipations inattendues du marché .

5- LE MARCHE DES MATIERES PREMIERES :

Vu que pratiquement aucun pays ne réalise une production ne visant à assumer que son autosubsistance, un marché mondial propose des produits à l’ensemble de la planète, selon un tarif mondial. En clair, un pays qui produira plus que ce que sa consommation intérieure a besoin vendra son surplus sur le marché mondial à un prix mondial. A contrario, le pays qui ne produira pas assez pour satisfaire ses besoins domestiques se rendra sur le marché mondial pour acquérir ce qui lui manque. C’est ce marché mondial que l’on appelle le marché des matières premières ; on y trouvera des produits les plus divers, allant du cacao au pétrole, en passant par l’or et la banane.

Les prix mondiaux sont, comme toujours, déterminés par la confrontation de l’offre et de la demande sur le marché ; autrement dit, plus on vendra un produit sur le marché et plus son prix baissera, alors que plus on en achètera et plus son prix grimpera.

Prenons l’exemple de l’or : si une banque centrale décide de vendre une partie de son or sur le marché, elle va placer un ordre de vente pour telle quantité d’or sur ce marché (elle va donc rechercher une contrepartie avide de faire l’achat d’or : lorsqu’un Etat décide de vendre de l’or, il ne fait en réalité que donner un ordre de vente, c’est-à-dire qu’une institution bancaire va chercher une contrepartie pour l’acheter et entre temps, les cours baissent). Cet ordre va pousser le prix de l’or vers le bas (évidemment, lorsqu’une institution décide de vendre son or, elle va souvent rechercher une banque ‘garantissant’ le prix de vente par la négociation d’un produit dérivé). Inversement, un ordre d’achat poussera le cours de l’or vers le haut.

Parallèlement, les producteurs d’un produit peuvent définir une stratégie visant à influencer le prix mondial de ce produit à leur avantage ; prenons l’exemple du pétrole : son prix ne cesse de baisser sur le marché mondial des matières premières et les pays producteurs de pétroles (OPEP) voient logiquement leurs revenus pétroliers chuter. Du coup, ces pays producteurs se rassemblent et tentent de diminuer l’offre mondiale de pétrole ; par cette opération, ils espèrent que la logique de l’offre et de la demande fonctionnera (plus il y a d’offre d’un produit et plus son prix sera faible, alors que plus l’offre sera rare et plus son prix sera élevé). Il diminue donc ensemble leur production, suite à un accord - ce fut le cas à trois reprises entre début 1998 et avril 1999 : deux premiers accords réduisant la production quotidienne mondiale de 2,6 millions de barils par jour, puis un troisième la réduisant pendant un an de 2,1 millions de barils par jour.

Cependant, une telle décision n’aura pas toujours d’effet mécanique sur les cours - une diminution de la production ne débouchera pas automatiquement sur une baisse des cours -, ceci pour des raisons diverses (accord jugé trop timide par le marché, présence des produits dérivés, etc.). Ainsi, les deux premiers accords pétroliers ne débouchèrent sur aucune remontée des cours du pétrole. Le troisième accord fit quant à lui timidement grimper les cours du brut, mais ceci après avoir d’abord paradoxalement entraîné une légère baisse – en effet, le jour de l’annonce du troisième accord de réduction de production, le cours du brent (qualité de référence de la mer du Nord) passait à Londres de 13,88 dollars à 13,75 dollars le baril, alors que le light sweet crude cédait 23 cents à New-York (passant à 15,51 dollars le baril).

Enfin, l’évolution des prix mondiaux a une incidence énorme sur le niveau de vie des pays du Tiers-Monde ; en effet, le FMI pousse, à travers ses plans d’ajustement structurels, ces pays à exporter toujours plus leurs richesses naturelles, afin de dégager toujours plus de revenus d’exportation. Le problème est que le FMI a poussé ces pays au même moment à exporter plus de matières premières ; du coup, les pays du Tiers-Monde se sont évidemment fait concurrence, d’où un excédent d’offre sur le marché mondial et donc une chute des prix. Ainsi, les pays du Tiers-Monde se sont vus contraints de vendre leurs matières premières à des prix toujours décroissants (alors qu’ils devaient simultanément acheter les produits finis du Nord à des prix toujours croissants). A l’arrivée, le FMI a poussé les pays du Tiers-Monde à endommager leurs ressources naturelles, ceci sans le moindre avantage financier et même parfois des pertes (lorsque la chute des prix se déroule plus rapidement que la hausse de la production).

6- LA LIBERALISATION DES MARCHES FINANCIERS :

 Les Eurodollars

Un Eurodollar est un dépôt libellé en dollars dans n’importe quelle banque située hors des Etats-Unis, y compris les filiales des banques américaines. En d’autres mots, les eurodollars sont des dollars apatrides.

L’Eurodollar est sans doute à la base de la plus grande révolution monétaire depuis l’apparition des billets de banque au 17ème siècle, puisqu’il a marqué le début de l’internationalisation toujours croissante des mouvements de capitaux. Après la seconde guerre mondiale, on constate ainsi un afflux de ‘dollars overhang’, c’est-à-dire de dollars que les Américains laissaient, volontairement ou non, circuler en dehors des Etats-Unis. Il s’agissait essentiellement de dollars billets. Le ‘dollar overhang’ a connu un essor important avec le plan Marshall (reconstruction de l’Europe d’après-guerre grâce aux investissements US). Or, aussi longtemps que les entreprises américaines employaient ces dollars pour les investissements en Europe, pas de problème. Mais le jour où elles se sont mises à profiter des conditions offertes par des institutions financières autres qu’américaines, les affaires ont commencé à dégénérer.

Ainsi, des sommes en ‘dollars overhang’ sont déposées dans des banques non américaines. Ces sommes sont immédiatement prêtées par ces banques ; pour faciliter l’opération, ces dollars sont offerts à un taux légèrement inférieur à celui du marché et d’autres banques empruntent ces dollars. Ces dollars à taux spécial commencent ainsi à circuler entre prêteurs et emprunteurs. Et ainsi commence la multiplication des pains.

Bientôt des sommes plus importantes sont mises en dépôt et un marché parallèle se développe rapidement dans le plus grand secret : le Crédit Lyonnais, la Société Générale ou encore la Bank of America prêtent ces dollars à un taux moindre aux gouvernements italiens, belges, hollandais, français, etc. : l’Europe a soif de dollars pour sa reconstruction d’après-guerre et ceux-ci deviennent disponibles à un taux moindre grâce aux Eurodollars. Ceux-ci se muent progressivement en dollars scripturaux, impalpables (et plus en billets tangibles).

Pour la première fois de l’histoire monétaire, des dollars circulent ainsi hors des USA sans être soumis aux lois et aux taux américains. Pendant une décennie, ce marché parallèle s’est ainsi développé secrètement, l’origine des Eurodollars étant masquée par le fait que les banquiers expliquaient leur existence par le déficit des paiements américains (la balance des paiements mesure la position financière d’un pays par rapport au reste du monde ; donc, si la balance d’un pays est déficitaire, ce pays devra se tourner vers les prêteurs internationaux afin d’emprunter pour ses besoins de financement).

Lorsqu’à la fin des années 50 le marché des Eurodollars se révèle au grand jour, tous les gouvernements du Nord y voient un avantage ; les USA y voient une nouvelle preuve de la suprématie du dollar, l’Angleterre y voit la possibilité de devenir le centre financier mondial et l’Europe continentale y voient des dollars disponibles à un taux avantageux pour sa reconstruction. L’eurodollar se met à pulluler, suite à la rencontre entre la politique des banques, utilisant les Eurodollars pour des prêts à taux réduits, et celles des multinationales américaines (puis européennes), profitant de la situation.

Cependant, les pays d’Europe continentale ne perçoivent pas la révolution monétaire que cet afflux d’Eurodollars implique ; primo, il permet aux firmes américaines d’acheter des firmes européennes ou d’implanter des filiales en Europe. Secundo, alors que les gouvernements d’Europe continentale s’efforcent de suivre des politiques monétaires restrictives pour modérer l’inflation, les Eurodollars continuent à affluer en masse et à être échangés contre leurs monnaies, ce qui stimule l’inflation.

Plusieurs décisions américaines permettent au marché des Eurodollars de se développer toujours plus :

q  En 1958, les USA adoptent la réglementation Q, qui plafonne la rémunération des comptes à terme des américains ; cette décision a le don d’inciter les américains à chercher hors des USA une rémunération plus avantageuse.

q  En 1963, la taxe d’égalisation des taux d’intérêt, qui taxe les intérêt perçus par les résidants américains sur des prêts accordés à des non-résidents ; cette décision fut prise par Kennedy dans le but de diminuer le déficit de sa balance des paiements. Celle-ci, malgré le fait que les exportations américaines dépassaient largement les importations, était en effet en déficit, principalement à cause des investissements colossaux des américains en Europe dans les années 50-60.

Cette situation devint le soucis majeur du gouvernement, craignant que cette fuite massive de dollars finisse par menacer les réserves d’or du pays (à l’époque, le système de Bretton Woods était d’application et le dollar était dans ce système arrimé à l’or – à 35 dollar l’once ; cette situation impliquait une unique contrainte pour les USA : si un Etat signataire des Accords se présentait avec des dollars, le Trésor américain devait l’échanger contre de l’or. Or, vu que les dollars apatrides affluaient hors des USA, le risque devenait grand de voir de nombreux pays réclamer de l’or en échange, ce qui aurait été susceptible de mettre à mal les réserves d’or US). Parallèlement, les gouvernements européens se plaignaient avec de plus en plus de virulence face à cette situation d’afflux de dollars stimulant leur inflation.

Cette décision de taxer les prêts américains accordés aux « étrangers », dont le but officiel était de limiter la sortie de dollars, marqua en fait le véritable coup d’envoi de la mondialisation financière ; en effet, le but caché du gouvernement américain – sous la bienveillance anglaise – était en fait de déplacer de New York à Londres le centre des opérations financières internationales. L’astuce se situait ainsi dans le fait que la taxe ne concernait que les ‘résidents américains’, et donc pas le moins du monde les filiales US établies hors du pays.

Evidemment, les banques américaines, comprenant la situation, établissent leur filiale à Londres (alors qu’il n’y avait que 6 filiales américaines à Londres en 1955, on en comptait 34 en 1970). L’ Eurodollar devient ainsi la première monnaie à pouvoir opérer sur le marché monétaire international, avec une structure de taux d’intérêt indépendante et hors de tout contrôle national. Cette primauté de la finance internationale sur le pouvoir des Etats nations, véritable révolution institutionnelle, profite à trois niveaux : primo, les banques américaines, par le biais de leur filiale à Londres, voyaient la plus grande partie de leurs prêts aux « étrangers » se déplacer dans la City de Londres, que le gouvernement anglais a délibérément rendue accueillante par une réglementation des plus minimes ; secundo, le gouvernement américain ne voit plus les banques américaines établies sur son territoire prêter à l’étranger ; tertio, l’Angleterre devient le centre de la finance mondiale et peut faire des affaires sans que la banque centrale doive apporter des capitaux.

q  En 1968, le Voluntary Foreign Credit Restraint vient renforcer les mesures prises en 1964 ; par cette réglementation, le gouvernement tente de limiter les sorties de dollars destinées à financer les multinationales US et d’inciter ces dernières à rapatrier les bénéfices réalisés par leurs filiales à l’étranger. Du coup, les multinationales américaines se financent sur le marché des eurodollars.

A ces décisions américaines s’ajoute l’explosion vertigineuse des ‘pétrodollars’. Quand les pays de l’OPEP (les pays exportateurs de pétrole) ont relevé unilatéralement le prix du brut dans les années 70, les pays du Nord ont été inondés de billets verts et ne savaient qu’en faire. Les banques les ont sollicités les gouvernements les leur ont confiés. Depuis, ces dollars font des petits en profusion, par le jeu rotatoire de dépôts re-prêtés.

En 1970, après 20 ans d’existence, l’euromarché s’est ainsi établi comme le marché financier le plus prolifique du monde, offrant à sa clientèle un éventail varié de services à un coup favorable et avec un minimum de formalités. Le montant des engagements sur cet euromarché passèrent de 11,5 milliards de dollars en 1965 à 44 milliards en 1969, puis à 57 milliards en 1970. En juin 1972, il était de 82 milliards !

Les américains étaient devenus maître du jeu et l’euromarché avait établi des liens entre les marchés financiers nationaux et fournit un supplément à ces marchés. Ceci au grand dam des européens, tentant de maintenir une inflation stimulée par l’afflux d’Eurodollars, échangés contre les monnaies nationales. Et au détriment des Accords de Bretton Woods, ayant instauré pendant plus de 25 ans la fixité des taux de change autour du dollar (seule monnaie convertible en or à 35 dollars l’once).

En effet, en 1971, Nixon met officiellement fin aux Accords de Bretton Woods, rendus intenables par le développement des eurodollars ; avec Bretton Woods, les pays signataires pouvaient acheter des "gold notes", des dollars spéciaux qui permettaient de recevoir l’équivalent en or de la part du Trésor américain. Or, l’afflux de dollars apatrides impliquaient que de plus en plus de pays demandaient l’échange de dollars contre l’or US, ce qui mettait les réserves d’or US en péril. En effet, les américains avaient laissé, volontairement ou non, leurs ‘dollars overhang’ prendre des proportions insoutenables : il y avait plus de ‘dollars overhang’ en circulation que d’or pour le couvrir ! Depuis 1973, les taux de change sont flottants par rapport au dollar, c’est-à-dire que ce sont les opérateurs qui décident désormais, par leurs ordres de placement, de la valeur des monnaies par rapport au dollar.

 Les euro-obligations

Au début des années 60, alors qu’une masse d’eurodollars envahit l’Europe, les emprunts à New York sont de plus en plus difficiles et onéreux. Face à cette situation, le gouvernement américain, par le biais de son secrétaire du Trésor Douglas Dillon, pousse les firmes américaines établies en Europe à se financer en eurodollars ; l’euromarché est estimé à l’époque à 3 milliards de dollars et Dillon y voit une possibilité d’utilisation dans des emprunts à long terme.

Un banquier allemand, Sigmund Warburg, qui avait en 1933 déménagé sa banque de Hambourg à Londres, à l’arrivée au pouvoir d’Hitler, saute sur l’occasion : il crée l’euro-obligation, l’obligation libellée en eurodollar. Il trouve une firme italienne désirant faire de gros investissements mais étant en manque de capitaux. Il émet l’obligation à Luxembourg, où les frais sont dérisoires. Le contrat est signé en 1963 à La Haye.

C’est ainsi qu’est né la première euro-obligation : contractée à La Haye, le contrat rédigé selon la loi anglaise portait sur une obligation émise à Luxembourg en eurodollars, afin de financer les investissements en lires d’une firme italienne.

Alors que cette nouvelle forme d’emprunt est timidement accueillie par les milieux financiers, la taxe d’égalisation sur les intérêts est décidée en 1963 par Kennedy, ce qui, comme on l’a vu, déplace le centre financier mondial vers Londres et rend les emprunts à long terme de New York non plus seulement difficiles et onéreux, mais quasi impossibles (vu la taxe supplémentaire à payer par les banques). Du coup, les euro-obligations gagnent une nouvelle légitimité, celle de permettre aux gouvernements européens de ne pas devoir créer de la monnaie pour financer les investissements de leurs entreprises. « Si New York se ferme, le marché international des capitaux n’est pas mort pour autant, grâce à la présence des euro-obligations », répète Walburg aux gouvernements européens, « laissez les emprunter sur ce nouveau marché international ».

Dépendant de l’activité des multinationales américaines, les gouvernements finissent par accepter ces crédits offerts sur l’euromarché. Alors que pour obtenir un prêt classique, l’emprunteur doit ouvrir ses comptes, prouver sa solvabilité, ses besoins de capitaux et expliquer son projet d’investissement, rien de tel sur l’euromarché ; les euro-obligations sont accordées sur base de la confiance dont jouit l’emprunteur auprès des créditeurs. Une aubaine pour les multinationales rentables.

Alors que dans un marché national, la banque centrale contrôle l’évolution du niveau de crédit (elle crée de la monnaie lorsqu’il y a pénurie de capitaux et en retire lorsqu’il y en a trop), l’euromarché se base sur la discipline et la prudence de ses participants. Ceux-ci sont principalement des grandes banques commerciales et des multinationales. Si la confiance qui les unit et sous-tend le système vient à être trahie par l’un deux, si une importantes banques fait faillite par manque de prudence dans l’octroi de ses crédits, les faillites en chaîne pourraient survenir et faire trembler le système financier international. Jusqu’ici, malgré quelques crises sérieuses, rien de tel ne s’est produit. Mais le spectre continue d’exister.

 Les nouveaux titres internationaux

Depuis les années 80, de nouveaux titres sont apparus : ce sont les titres de crédits à court terme (de 1 à 2 mois, renouvelables). Ils ne sont évidemment octroyé qu’à des multinationales ou à des banques de confiance, c’est-à-dire ayant la réputation de toujours rembourser. Parallèlement, toutes une série de crédits à courts terme ont été créé : ces nouveaux produits financiers internationaux sont soit des crédits à courts terme garantis par un cartel de banques (ce sont les euronotes), soit des crédits à court terme non garantis (les europapiers commerciaux) ; avec l’europapier, le contrat du crédit est construit sur mesure, selon le bon vouloir des deux parties concernées. Ces prêt/emprunt en face à face, basés sur la confiance mutuelle, sont donc exempts de toute règle.

 Le Big Bang de 1986

Le Big Bang de 1986 concerne la modernisation de la Bourse de Londres (octobre 86) ; il vise une déréglementation des opérations financières en son sein, en vue de répondre à la concurrence américaine (déréglementation dès les années 70). Ce Big Bang a débouché sur une triple conséquence :

¨  Augmentation du volume des transactions financières ;

¨  Diminution du coût des opérations (et des commissions à verser aux intermédiaires suite au jeu de la concurrence mené entre eux) ;

¨  Concentration du nombre d’opérateurs (plusieurs ‘métiers’ distincts ont ainsi ‘fusionnés’ – émetteur de titre, contact-clients, courtiers, etc.).

Ce Big Bang a évidemment eu le don d’internationaliser la place de Londres et d’en faire le centre financier européen.

 La globalisation

L’informatisation et la déréglementation simultanées du paysage financier international ont entraîné une globalisation des marchés financiers, fonctionnant désormais à l’échelle mondiale. Les informations circulent partout instantanément, le système de cotation est devenu continu et les produits financiers (options, actions, etc.) ont été standardisés : un opérateur peut désormais investir sur les marchés internationaux 24h/24 (grâce aux télécommunications et au décalage horaire entre Tokyo, New York et Londres).

La conséquence de cette globalisation est évidemment une hausse importante des flux financiers ; ainsi, aux sein des pays du G7, le volume des opérations transfrontalières sur actions et obligations est passé de 35% du PIB de ces 7 pays en 1985 à 140% en 1995 (Rapport de la BRI, 1996).

En fait, cette globalisation financière a surtout permis aux spéculateurs de profiter de l’ensemble de la sphère financière pour rentabiliser leur capital ; en effet, on constate un accroissement significatif des déplacements de capitaux à court terme (80% des opérations de change correspondent ainsi aujourd’hui à des allers-retours d’une durée inférieure à cinq jours).

 La règle des 3D

On parle, pour illustrer les changements survenus sur les marchés financiers, d’une nouvelle règle ; celle des 3D :

1.  Désintermédiation : la désintermédiation correspond au recul de l’économie d’endettement (par l’intermédiaire des banques créditrices) au profit de l’économie de marché financier ; en clair, les entreprises se financent directement sur les marchés financiers (en émettant des obligations, des actions, etc…) au lieu de s’endetter en empruntant auprès des banques. On estime ainsi que 80% des opérations de financement se déroulent aujourd’hui directement sur les marchés financiers ; c’est évidemment la baisse des coûts d’intermédiation qui motive cette pratique. On parle donc de désintermédiation pour nommer la disparition de l’intermédiaire bancaire et de son activité classique de dépôts et de prêts au profit de l’utilisation des produits du marché.

2.  Décloisonnement : le décloisonnement correspond à la fois à l’ouverture des marchés nationaux et à l’élimination des barrières cloisonnant les différents marchés nationaux de capitaux. Ainsi, alors qu’avant le début des années 80, les circuits de financement de nombreux pays étaient autonomes et répondaient chacun à un besoin particulier, des passerelles entre le marché à long terme (bourse) et celui à court terme (marché monétaire) ont été érigées. L’accès aux divers marchés, qui était limité, est ainsi devenu ouvert. Par exemple, en France, alors que le marché monétaire n’était réservé qu’aux seules banques et ENBAMM (entreprise non-bancaire admises au marché monétaire), dès 1985, ce marché monétaire français a été ouvert à tout agent économique. La séparation entre banques d’affaires et banques de dépôts a été abolie. Ouverture des marchés nationaux sur l’extérieur et abolition du contrôle des changes (en 1979 en G.B., en 1987 en France, …).

3.  Déréglementation : la déréglementation consiste à libérer les marchés des interférences administratives et à supprimer les entraves freinant la concurrence entre les agents économiques.

Cette déréglementation vise :

¨  une baisse des coûts d’obtention de capitaux (par le jeu de la concurrence – les commissions fixes touchées par les maisons de titres aux USA sont supprimées dès 1975) ;

¨  une ouverture des marchés nationaux aux non-résidents ;

¨  le développement d’une économie financière parallèle internationale non-réglementée (les eurodevises).

 L’interconnexion internationale

Quelques sociétés spécialisées (Cedel, Euroclear, Chips, etc.) assurent l’interconnexion mondiale pour les titres négociés internationalement. Un Belge achetant une action américaine ou une euro-obligation verra ainsi son ordre exécuté par l’entremise de Cedel (Luxembourg) ou Euroclear (Bruxelles). Que se passe-t-il en clair ?

Une entreprise achète, par exemple, 10.000 USD d’une euro-obligation de, disons, la Banque Mondiale. Elle a placé son ordre chez son intermédiaire, disons la BBL. Celle-ci s’informe dans le marché, auprès des différents teneurs, du meilleur prix et conclut l’opération. Admettons que le teneur soit Paribas. Les deux banques vont communiquer leur opération auprès de Cedel ou d’Euroclear. Disons que la BBL travaille avec Cedel et Paribas avec Euroclear. Cette communication comprendra : le nombre de titre, le cours convenu, le genre d’opération (achat-vente-prêt), le montant total (intérêts en cours inclus), le nom de la contrepartie et la date de liquidation. Cedel recevra donc ces renseignements de la BBL, tandis qu’Euroclear les recevra de Paribas. Cedel et Euroclear se contacteront (tout cela se fait automatiquement) et si les données communiquées par les deux parties correspondent au centime près, l’opération sera automatiquement liquidée à la date convenue. A cette date, le compte-titre de la BBL auprès de Cedel augmentera de 10.000 USD et pour la Banque Mondiale, son compte courant USD baissera de la contre-valeur. Chez Euroclear, le compte-titre de Paribas baissera de 10.000USD Banque Mondiale et son compte courant USD augmentera de la contre-valeur. Ensuite, dans les comptes de la BBL, dès qu’elle aura reçu confirmation de la liquidation de l’opération de Cedel, elle créditera le compte-titre de l’entreprise des USD 10.000 Banque Mondiale et le débitera de la contre-valeur dollar qu’elle avait convenue avec l’entreprise.

Evidemment, un investissement international nécessite une opération de change (si le belge achète une action américaine, il devra échanger de l’euro contre du dollar). L’investissement international passera donc par une opération de change (et donc par la société d’interconnexion du marché des changes, la Swift). C’est ainsi à la BBL, dans l’exemple, de veiller à ce que ce compte-courant USD dispose de la contre-valeur en temps utile. Donc c’est à la BBL d’acheter les USD requis, via le mécanisme de la SWIFT, puis d’informer sa banque correspondante des USD (disons la Citi), de transférer ces derniers sur le compte du correspondant USD de Cedel, disons la Chase, de sorte que Cedel sache que les dollars reçus proviennent de la BBL et sont destinés à liquider l’achat de 10.000 USD de Banque Mondiale.

Cela fait beaucoup de va-et-vient administratifs, mais ce système est très efficace et évite les problème de solvabilité des parties négociantes. Un bureau ou un agent de change sans affiliation à l’un de ces organismes de liquidation ne fera ainsi aucune opération, parce que personne ne lui fera confiance. Par contre, un bureau affilié n’aura jamais de problème pour contracter une opération avec une institution parfaitement inconnue à l’autre bout du monde : son affiliation garantira que l’exécution de l’opération (paiement et livraison) s’effectuera selon les normes conventionnelles du marché.

Actuellement, ces organismes (SWIFT, Cedel, Euroclear, ...) ne s’adressent qu’aux professionnels du marché. Pour Cedel ou Euroclear, seules les institutions financières opérant dans le marché international des titres peuvent devenir affiliées. Un particulier ne le peut pas (c’est pareil avec Swift). A contrario, pour pouvoir opérer dans un marché, quel qu’il soit, un opérateur doit y être admis. Pour être admis sur le marché international des titres, un opérateur doit impérativement être affilié à Cedel ou Euroclear, sinon il sera contraint de passer tes ordres par un intermédiaire affilié => coût supplémentaire. Selon l’ensemble des activités l’un opérateur, il sera plus facilement admis dans un marché que dans un autre. Aujourd’hui, les banques sont quasiment toutes affiliées à tous les organismes internationaux et ont donc accès à tous les marchés financiers.

De son côté, une société comme Euroclear, pour pouvoir exécuter les opérations qui la concerne, est obligée de leur attribuer un code d’identification unique (ISIN) et de le communiquer à tous les affiliés, afin qu’ils puissent les indiquer dans leurs messages de confirmation.

Pour résoudre les problèmes d’argent noir, de fraude fiscale, de paradis fiscaux et pour favoriser la mise en place de mécanismes genre Taxe Tobin, il suffirait ainsi de convenir au niveau mondial d’une codification unique, à la manière du code ISIN, pour savoir si elles sont assujetties ou non à une pénalité. Tout donneur d’ordre recevrait un code unique automatiquement, code qui indiquerait la qualité du donneur d’ordre, la qualité de l’opération. On pourrait même aller jusqu’à définir le caractère spéculatif ou non d’une opération (c’est-à-dire couverte ou justifiée ou pas par un investissement productif). On pourrait à partir de là dissuader les opérations considérées comme étant les plus inutiles et les plus déstabilisatrices. Cette approche implique, bien sûr, qu’on sache avec précision ce qu’on entend par "spéculation".

7 – MARCHES EMERGENTS ET CRISE DE L’ENDETTEMENT :

Depuis la fin des années 70, le monde tend à prendre la forme d’un grand marché intégré autorégulé, dans lequel ont été intégrés les pays en voie d’industrialisation ; ces pays, qui représentent à peu près l’ensemble du tiers-monde, ont été appelés marchés émergents, du fait des perspectives de rendements élevés qu’ils présentent. Ces marchés émergents se sont ainsi vus présenter comme unique moyen de développement une intégration à l’économie mondiale, par le biais des investissements internationaux en provenance du Nord. Or, le moins que l’on puisse dire est que ces pays émergents n’ont cessé de voir leur endettement croître dangereusement.

Un cycle infernal de la dette touche en effet actuellement l’ensemble du tiers-monde ; cette situation prend sa source dans les années 70, lorsque les banques du Nord se sont retrouvées avec un surplus de capitaux (principalement les pétrodollars, en provenance de l’OPEP, et les eurodollars, les dollars apatrides) et les ont généreusement prêtés à des taux très bas, voire négatifs, aux gouvernements du Sud. La montée subite des taux d’intérêt (allant jusqu’à dépasser les deux chiffres), décidée unilatéralement par le Nord dans les années 80, a ensuite plongée les pays du Sud dans un ‘effet boule de neige’, en les obligeant à emprunter pour payer des dettes ne cessant pourtant d’augmenter.

Cette réalité entraîne les populations du Sud vers une crise de la dette (1982). Cette crise de la dette débouche sur une série de prêts destinés à permettre au Sud le remboursement de ses dettes. Mais cette fois, les prêts accordés sont ‘liés’ à des conditions politico-économiques strictes : ne reçoivent le prêt que ceux acceptant d’adopter une politique d’ajustement structurel. Cette dernière, orchestrée de concert par le FMI et la Banque mondiale, consiste à faire adopter par le pays emprunteur une politique visant à résoudre ses problèmes de déficit, tout en prenant des mesures pour l’utilisation de l’argent dégagé par cette politique. En clair, le FMI et la Banque mondiale interviennent directement dans la politique économique du pays qui emprunte, pour s’assurer que le Nord soit bien remboursé.

Le problème est que cette politique d’ajustement structurel, prônée aux quatre coins du monde, se révèle inefficace et créatrice de pauvreté. En effet, celle-ci se limite à un programme strictement économique comportant, dans un premier temps, une dévaluation de la monnaie, une stimulation des exportations et une austérité budgétaire - coupes drastiques dans les budgets sociaux, licenciements d’employés du secteur publique, retrait de l’Etat par rapport aux services de base, de santé, d’éducation, élimination du contrôle des prix, des subsides, de l’investissement dans les infrastructures, hausse du prix des carburants et des services publics, élimination de la définition légale de salaire minimal, etc. Dans la seconde phase du programme, des réformes structurelles sont appliquées : libéralisation du commerce et du système bancaire, privatisation des entreprises publiques et de la terre, réforme de la taxation (introduction d’une TVA, d’une taxe sur les ventes, …), déréglementation du marché du travail, réforme du système de pension (mise en place d’une épargne par capitalisation et de Fonds de Pension), etc. En définitive, les prix augmentant et les revenus diminuant, la population voit logiquement grimper son taux de pauvreté et d’exclusion.

Pire, les effets de la politique d’ajustement structurel, en plus de pousser des millions de personnes dans l’extrême pauvreté, aboutissent à un nouveau mécanisme d’endettement. En effet, la politique d’ajustement structurel – basée sur l’exportation de matières premières - ayant été imposée partout dans le Tiers-Monde, les pays du Sud se firent naturellement concurrence sur le marché mondial ; du coup, ce trop plein d’offre de matières premières entraîna une chute progressive de leur prix. Le Sud se vit ainsi contraint de vendre ses richesses naturelles à des prix toujours décroissants, puis de racheter les produits finis en provenance du Nord à des prix toujours croissants. Il en résulta logiquement une croissance de l’endettement du Sud, se retrouvant aujourd’hui quatre fois plus endetté que 15 ans plus tôt.

Cette situation intenable a évidemment des incidences sur l’ensemble de la planète ; en effet, les entreprises du Nord ont de plus en plus de mal à vendre leurs produits, réalité qui s’est encore aggravée depuis la crise asiatique. Cette surproduction, évidemment directement liée avec l’appauvrissement des populations, a logiquement le don d’altérer les résultats des entreprises. Du coup, leurs actionnaires – notamment les Fonds de Pension -, ayant été habitués à un taux de bénéfice de 15% dans les années 80, s’accrochent à ce taux et imposent des licenciements massifs, censés transférer une part des revenus du travail vers ceux du capital. Ce qui entraîne une pauvreté accrue au Nord et un étranglement financier au Sud.

Aujourd’hui, nous vivons une nouvelle crise de la dette, provenant du fait que les prix des matières premières vendues par les pays du Sud sur le marché mondial ont considérablement baissé, tandis que les taux d’intérêt appliqués pour le service de la dette ont augmenté. Ainsi, si depuis l’éclatement, en 1982, de la précédente crise de la dette, les pays du Tiers Monde ont remboursé 4 fois ce qu’ils devaient, ils se retrouvent actuellement 3,5 fois plus endettés qu’à l’époque. En effet, en 1982, la dette totale du Tiers Monde s’élevait à environ 590 milliards de dollars, tandis que fin 1998, elle atteignait 2030 milliards. Ceci alors qu’il a remboursé environ 2500 milliards de dollars au cours de la même période. Cette situation n’empêche d’ailleurs pas le Sud, malgré les idées reçues, de transférer plus d’argent au Nord qu’elle n’en reçoit en contrepartie ; en effet, en 1998, le Tiers Monde a remboursé 30 milliards de plus que ce qu’il a reçu comme nouveaux prêts.


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