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Une crise sans fond

  • Type d'article: Analyse
  • Michel Husson, article pour Inprecor, 28 juillet 2011

     

    Au moment de la rédaction de cet article, deux crises majeures ébranlent le capitalisme et font plonger les Bourses : crise de la dette souveraine en Europe, suspense sur le plafond de la dette aux Etats-Unis. Il est probable que les gouvernements concernés arriveront à récupérer le coup, juste au bord du gouffre. Mais, trois ans après l’éclatement de la crise, ces tensions extrêmes montrent qu’elle est loin d’être terminée et que sa facture, après avoir été transmise aux budgets publics, est aujourd’hui présentée aux peuples. Le propos de cet article est de faire le point sur la trajectoire récente du capitalisme et d’en examiner ses implications sur la période ouverte par la crise.

     

    Et pendant ce temps, le taux de profit…

    Tout semble pourtant aller mieux, si l’on prend le profit comme baromètre du capitalisme. Le taux de marge, autrement dit la part des profits dans la valeur ajoutée, se redresse. Aux Etats-Unis, où il avait plongé plus tôt1, il a presque retrouvé aujourd’hui son niveau d’avant la crise. Dans la zone euro, la chute a été plus tardive, et le rattrapage est moins rapide : le taux de marge se retrouve à son niveau d’il y a dix ans, et l’augmentation sur la dernière décennie est donc perdue, au moins pour l’instant (graphique 1). Mais les profits sont orientés à la hausse.
    C’est d’ailleurs l’un des traits les plus frappants de la conjoncture : alors que l’austérité se déploie, que le chômage reste élevé et que les salaires sont gelés voire baissés, la première préoccupation des grands groupes et des banques a été de recommencer à distribuer dividendes et bonus.
    Cependant la croissance livre des indications assez différentes. Or, il faut s’y faire : la croissance du PIB est aussi un indicateur utile quand il s’agit d’apprécier la bonne santé du capitalisme (le bien-être étant tout autre chose). Même si en fin de compte, c’est le taux de profit qui est le vrai critère, son rétablissement après la crise peut difficilement être prolongé si les débouchés ne sont pas au rendez-vous. De ce point de vue, la grande question était de savoir si le creux de la récession allait être effacé. On pouvait a priori imaginer trois scénarios : rattrapage de la tendance antérieure à la crise, perte durable ou même perte croissante.

     

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    • 1. Voir « La baisse de la profitabilité des entreprises a précédé la crise financière », note hussonet n°8, septembre 2009.
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