Attac France Un autre monde est possible !

Un concept qui pourrait empêcher l’enlisement de l’altermondialisme

  • Type d'article: Analyse
  • Mots clefs: Démondialisation
  • Les 17 % de votes obtenus par Arnaud Montebourg lors du premier tour de la primaire du Parti socialiste en octobre dernier ont mis en évidence l’impact du thème de la démondialisation. Quelques mois avant cette consécration – dotée d’une « griffe » de respectabilité car venue de l’intérieur d’une formation dont le centre de gravité est clairement social-libéral –, une sourde bataille avait commencé à se livrer autour du mot. Une bataille politico-sémantique, mais pas seulement : elle avait aussi une dimension patrimoniale. Beaucoup, dans les partis de gauche, ne voulaient pas donner l’impression de s’aligner sur le socialiste Montebourg. Par ailleurs, dans le milieu associatif, certains détenteurs de la « marque » altermondialiste craignaient, semble-t-il, l’évaporation de leur fonds de commerce au profit d’une nouvelle « marque » présumée concurrente.

    Dans l’actuel contexte politique, chacun devrait pourtant convenir que le point d’ancrage et de cristallisation constitué par l’installation du mot « démondialisation » dans le lexique d’une partie de la social-démocratie française constitue un acquis non négligeable. Alors, au lieu d’instruire de faux procès, d’ergoter et de rechercher des concepts de substitution, mieux vaudrait utiliser, prolonger et amplifier cette dynamique.

    Le premier faux procès consiste à prétendre que ceux qui préconisent la démondialisation veulent ramener au périmètre national les luttes pour les biens sociaux mondiaux et contre le changement climatique, les pandémies, la spéculation sur les matières premières et les produits agricoles, etc. Ce faisant, ils confondent mondialisation et internationalisation.

    Dans la mondialisation libérale, les acteurs sont globaux, transfrontières, déterritorialisés, offshore. Il s’agit des opérateurs financiers, des transnationales, des organisations multilatérales à leur service (FMI, Banque mondiale, OMC, OCDE), de la Commission européenne, de la BCE. Tous ont en commun d’être hors de portée du moindre contrôle démocratique, réduisant ainsi à zéro toute forme de souveraineté populaire.
    L’internationalisation, elle, du moins dans son principe, a pour valeurs la coopération et la solidarité, mais elle peut aussi se traduire par des délégations de souveraineté consenties (et révocables) par des collectifs politiques. Pour l’avenir prévisible, ces collectifs, à part quelques îlots, sont les nations. Reste à construire un véritable espace public européen pour que le sentiment d’appartenance et la capacité d’intervention commune qui en découle s’élargissent à ce niveau et au-delà.

    Second faux procès : à en croire une tribune publiée par des membres influents d’Attac en juin 2011, la démondialisation serait « un concept superficiel et simpliste », par ailleurs antagonique avec l’altermondialisme. Cette posture a rapidement fait long feu, et aucun des intéressés ne s’en est réclamé dans un colloque d’excellente tenue, organisé le 19 novembre dernier par la Fondation Copernic et… Attac, et dont le titre était pourtant « Démondialisation/Altermondialisme » !

    Cette retraite sur la pointe des pieds relevait du simple bon sens. Car l’altermondialisme ne se situe pas sur le même registre que la démondialisation. Un livre d’Attac – Le Petit Alter. Dictionnaire de l’altermondialisme (Éditions des 1001 Nuits, 2006) – précise bien qu’il regroupe des initiatives et propositions qui « se soutiennent mutuellement, mais sans jamais tenter de se fédérer formellement ni de se cristalliser dans un organigramme rigide, d’autant plus que les différentes composantes de l’altermondialisme se réclament plutôt d’une culture de contre-pouvoir que de conquête du pouvoir ».

    La démondialisation, elle, se situe sur le registre du pouvoir, de sa conquête, puis de son exercice. Elle s’articule donc parfaitement avec l’altermondialisme dans la mesure où les actions de gouvernement qui sont sa raison d’être peuvent puiser dans le gisement de propositions des organisations ou coalitions qui se retrouvent dans les forums sociaux mondiaux, continentaux ou nationaux.

    La démondialisation, c’est le passage à l’acte, le débouché politique tant réclamé par des militants qui ne se contentent plus de dresser des catalogues de revendications dans les forums, mais veulent les voir aboutir concrètement. Sans cette perspective, le mouvement altermondialiste est voué à tourner en rond, à s’enliser ou à se folkloriser.

    Crédits et mentions légales. Propulsé par Drupal. Conception : ATTAC France. Design & Réalisation : LEKTUM.